Editorial

La France, indispensable moteur européen

Le long discours d’Emmanuel Macron sur l’avenir de l’Union européenne mérite d’être disséqué et critiqué. Mais dans l’état où se trouve l’UE, assiégée par les populismes, cette impulsion française a d’énormes mérites

Il y a beaucoup à dire sur la forme et le contenu du discours sur l’Europe prononcé mardi à la Sorbonne par Emmanuel Macron. Une fois de plus, comme il en a pris l’habitude durant la campagne qui l’a porté à l’Elysée, le président français a parlé (très) longtemps, multipliant les références intellectuelles, d’Albert Camus à Emmanuel Mounier en passant par l’incontournable Robert Schuman. Le style, donc, pouvait irriter ou lasser, comme lors de sa prestation récente sur la colline de la Pnyx à Athènes, avec l’Acropole en arrière-plan.

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Audacieuses suggestions

Vues de Suisse, les propositions françaises, qui encouragent par exemple l’Union européenne à se doter d’une nouvelle agence chargée de la disruption numérique, d’un nouvel organisme de contrôle de l’application des politiques communautaires ou de taxes supplémentaires, méritent d’être vigoureusement débattues tant elles paraissent parfois éloignées du souhait de nombreux citoyens européens de voir au contraire s’alléger les fardeaux normatifs et fiscaux. Soit.

Mais la volonté et l’ambition de ce chef d’Etat de 39 ans, élu sur la promesse d’une France «transformée» arrimée à une Europe capable de se réinventer, doivent d’abord être saluées. Parier sur une refondation démocratique du pacte communautaire, deux jours après les élections législatives allemandes marquées par l’irruption de l’extrême droite au Bundestag, est une audace à la fois louable et indispensable face à l’assaut continu des europhobes populistes.

Une contre-offensive

Les dirigeants français ont, on le sait, l’arrogance facile. C’est le risque. Mais qui d’autre, au sein d’une Union tétanisée par le Brexit, les conséquences de la crise financière et les vagues migratoires, peut rebattre les cartes du jeu européen? Quel autre dirigeant élu au suffrage universel peut revendiquer une légitimité identique, quelques mois après le naufrage des partis politiques traditionnels toujours tentés, en France comme ailleurs, de faire de Bruxelles un commode bouc émissaire?

La réponse tient en un mot: personne. Emmanuel Macron, par la grâce de ce système français si vertical, est aujourd’hui le seul en position de mener la contre-offensive, en bousculant les institutions communautaires si rétives au changement et si promptes à oublier les peuples qui leur compliquent la vie. Le chantier de la Sorbonne mérite, très vite, l’ouverture des premiers travaux.

A lire pour compléter: «Les Salauds de l'Europe» par Jean Quatremer. Ed Calmann Levy

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