Editorial

Ce que la France de Macron dit de 2018

EDITORIAL. Notre grand voisin s’est, en 2017, clairement engagé sur la voie d’une transformation économique progressive. La poursuite de l’agenda libéral et pro-européen défendu par Emmanuel Macron façonnera, pour la Suisse aussi, la donne en 2018

Il est logique que The Economist ait choisi la France comme «pays de l’année 2017». Avocat de la mondialisation et terriblement frustré par la victoire à l’arraché du Brexit, l’hebdomadaire libéral britannique ne pouvait qu’applaudir au début du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Vu de Suisse romande, ce satisfecit peut être partagé. L’importance accordée par le jeune président français aux disruptions numériques, sa volonté d’attirer les investisseurs (y compris helvétiques), ses efforts pour contrer le climatosceptique Donald Trump, ses ambitions pour l’Europe dans le monde: toutes ces orientations sont porteuses de changements a priori prometteurs.

Que surveiller en priorité, dès lors, du côté de notre grand voisin en 2018? D’abord l’éclatement du paysage politique hexagonal. En monopolisant le centre, le macronisme pousse gauche et droite dans leurs retranchements. Les socialistes sont piétinés par les harangues de Jean-Luc Mélenchon. La droite version Wauquiez convoite les terres du Front national, à la tête duquel Marine Le Pen est mal en point. Deux populismes s’affrontent: celui d’un Macron-Bonaparte qui prétend parler au peuple au-dessus des élus, contre celui des extrêmes qui en appellent au peuple pour faire barrage à la nouvelle élite technocratique au pouvoir. L’on saura vite si, nourries par les inégalités, les cadeaux fiscaux aux plus fortunés et les rancœurs anti-migrants, les vieilles colères nationalistes et les idéologies europhobes ont toujours de l’avenir.

2018 se jouera aussi entre Paris-Berlin et Bruxelles. Si la France et l’Allemagne verrouillent un agenda commun, et si les institutions communautaires parviennent à imposer à Londres leurs conditions pour le divorce, les turbulents pays d’Europe centrale se retrouveront au pied du mur. Angela Merkel aura définitivement passé le relais du leadership communautaire à son cadet de vingt-trois ans. L’espace de négociation pour les tiers, dont la Suisse, se réduira en conséquence. D’autant que, parallèlement, le procès UBS attendu en France réveillera à coup sûr – malgré l’échange automatique d’informations fiscales – l’hostilité communautaire envers la place financière helvétique…

Dernier séisme français à suivre: celui des territoires. Jacobin et centralisateur par conviction, Emmanuel Macron s’est mis à dos les régions et les communes en annonçant des coupes dans les budgets publics. Sauf que, simultanément, un vent nouveau d’autonomie s’est mis à souffler. La Corse a voté pour les nationalistes. La Nouvelle-Calédonie décidera, fin 2018, d’assumer ou non sa «pleine souveraineté». Résultat: les élus français regardent partout vers des solutions «ad hoc», capables d’insuffler du dynamisme et de sauvegarder la cohésion territoriale face à l’essor égoïste des métropoles. La France voisine lorgne donc naturellement vers la Suisse. Sachons aussi profiter de cette proximité en 2018.

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