La France intervient pour sauver Idriss Déby au Tchad, elle vend des armes à l’Arabie saoudite engagée au Yémen, son président rend visite au maréchal-président égyptien Sissi… «Vérité en deçà de la Méditerranée, erreur au-delà.» Avec un tel palmarès, difficile de se présenter sur la scène européenne comme un rempart contre l’autoritarisme. Les échanges peu amènes avec le gouvernement italien en ont donné un avant-goût. Luigi Di Maio est une personnalité provocatrice et transgressive – c’est malheureusement dans l’air du temps – mais sa déclaration du 20 janvier, selon laquelle «l’UE devrait sanctionner la France et tous les pays qui comme la France appauvrissent l’Afrique», a touché là où le bât blesse: le rôle ambigu de la France. Et Luigi Di Maio a sans doute dit tout haut ce que beaucoup de chancelleries pensent tout bas. Cette politique étrangère nuit autant aux Africains qu’aux Français et… à l’intégration européenne!

Corruption des mœurs politiques

De la Françafrique ou de la politique au Moyen-Orient on retient le caractère clientéliste des Etats, leur fragilité institutionnelle, la corruption qui les ronge et dont usent les autres pays pour obtenir tel marché, l’accès à telle ressource naturelle – bois, pétrole, uranium… Ce que l’on évoque moins, c’est la corruption en retour. Pas ou presque pas de présidents français dont le mandat ou le parti ne soit éclaboussé par des affaires: suspicions de rétrocommissions, de financement des campagnes ou des partis, d’enrichissement personnel parfois. Ainsi certains aspects de l’affaire Benalla – les passeports diplomatiques – suggèrent une dimension géopolitique et affairiste. La difficulté – voire l’impossibilité – d’enquêter à un niveau international et dans des pays où l’indépendance de la justice n’est pas garantie, l’invocation de la raison d’Etat, fait qu’il sera toujours difficile d’arriver à court terme à des certitudes, mais la présomption ne s’oriente guère vers l’innocence! Il faut attendre une, voire deux générations pour que les historiens, à défaut des juges, puissent rendre compte des faits. Les relations internationales, en l’absence de droit global, sont un espace au-dessus des lois communes et à cet égard corruptrices pour ceux qui s’y adonnent trop longtemps.