Revue de presse

Hors de France, les médias dénoncent le poison de la campagne présidentielle selon Fillon

Acharnement thérapeutique, aveuglement, pourriture au royaume de France: les commentateurs de la presse suisse et européenne ne sont pas tendres vis-à-vis d’un candidat qu’ils voient comme définitivement disqualifié

Si Libération fait dans la surenchère ce jeudi matin avec un gros plan sur le candidat des républicains et ce titre qui en fait presque un malfaiteur – «Le forcené de la Sarthe» – hors Hexagone, les médias sont à peine plus modérés.

«François Fillon bénéficie toujours de la présomption d’innocence», lit-on dans l’éditorial commun de la Tribune de Genève et de 24 Heures, à Lausanne: «Il n’est pas inutile de le rappeler quand un ex-premier ministre, salué par tous autrefois pour sa modération, utilise le vocabulaire jusqu’au-boutiste des complotistes les plus inconséquents.»

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Mais les deux quotidiens de l’arc lémanique sont au bout du compte plus sévères: ils prétendent que «Fillon a répondu de la pire manière possible. […] Il s’attaque aux juges. Dans cette nouvelle fuite en avant, ceux qu’il estimait trop laxistes seraient désormais trop empressés.» Ainsi, il n’y a plus de doute, «la présidentielle 2017 est d’ores et déjà abîmée. […] Le président élu le sera dans un contexte si particulier qu’il lui manquera la légitimité pour gouverner sereinement. Et réformer encore moins. D’ordinaire, les politiques appellent au calme. En 2017 en France, ils veulent que la rue les protège de la justice. Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.»

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D’ailleurs, fait remarquer Le Matin de Lausanne, «celui qui se présentait comme le chevalier blanc de la politique face au «tous pourris» ambiant se retrouve finalement avec le costume le plus entaché de tout le casting de cette campagne. Et voilà que ses partisans veulent organiser […] une marche contre le coup d’Etat des juges. On croit rêver.» Et Le Soir de Bruxelles ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit qu'«en insultant l’Etat de droit», il «se disqualifie pour la présidentielle».

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Pour La Liberté de Fribourg aussi, Fillon «accuse désespérément une justice qui a perdu son bandeau et des médias iniques. La colère l’aveugle même quand il prétend que la presse a eu accès aux procès-verbaux d’audition de son épouse et de lui-même. […] La tempête qui s’est levée avec les révélations du Canard enchaîné redouble d’intensité. S’annoncent devant le candidat […] huit longues semaines avant le premier tour de l’élection. A moins que le 15 mars, deux jours avant le délai de remise des parrainages pour la présidentielle, un ultime coup de tabac ne mette fin à cette triste fable.»

Le Quotidien jurassien, jamais avare de formules piquantes, juge que c’est un «pénible mercredi des Cendres» pour un candidat qui est «contraint à contre-attaquer au lance-flammes verbal». Mais «il a beau clamer son innocence et se poser en victime, s’il échappe au couperet pénal, il ne le pourra pas sur le plan moral. Comme dans un assourdissant carnaval, ses déplacements sont rythmés par des concerts de casseroles.» Dans les faits, «c’est trop tard pour tout recommencer, la droite est condamnée à livrer bataille avec François Fillon». On assiste à «la campagne la plus empoisonnée que la Ve République ait jamais connue», renchérit la Neue Zürcher Zeitung.

«Un homme debout»

Totalement à contre-courant comme souvent, Pascal Décaillet, sur son blog «Liberté» hébergé par la Tribune de Genève, parle d'«un homme debout»: «J’ai toujours aimé ceux qui se battent. Seuls contre tous. Face à un destin contraire, à l’inéluctable. Face à ce qu’il faudrait faire si l’on était raisonnable: abandonner, parce que les vents adverses sont trop puissants, se résigner», écrit-il: «Quel homme! Il en a fallu, du courage […] pour monter sur l’estrade, calme et souriant, et nous faire entendre d’une voix claire l’un des plus beaux moments de contre-attaque de l’histoire de la Cinquième.»

Et d’ajouter: «Certains diront qu’il est suicidaire. Peut-être. Mais il a choisi le combat, là où l’abandon eût été plus simple. Plus reposant. Dans les moments de crise extrême, la tentation de «laisser faire» est parfois immense. Il a choisi de n’y point céder. Cette attitude politique, au-delà de savoir s’il faut plus ou moins d’Europe, plus ou moins de fonction publique, m’a, à l’instant même où s’envolaient ses paroles, subitement rapproché de cet homme ombrageux et discret, à la détermination farouche.»

Un cauchemar éveillé

Aux Pays-Bas, le journal Trouw, qu’a lu et traduit Courrier international, se demande comment l’homme peut à la fois servir «l’intérêt de sa famille, de son parti, et le sien propre»: «La prise de risque est énorme» pour celui qui «a joué son dernier atout», aux yeux du Guardian. Mais il «semble s’être retranché dans un bunker» et «sa campagne est en train de devenir un cauchemar», estime La Repubblica, alors qu’Il Foglio, aussi en Italie, se voit obligé de constater qu’il est «véritablement thatchérien, y compris dans son obstination» et «animé par la conviction de se trouver du bon côté».

Il y a comme une espèce d’acharnement thérapeutique à vouloir maintenir à tout prix cette candidature des républicains, car la France est «en danger», estimait encore lundi la Süddeutsche Zeitung. Les affaires qui «pèsent sur Fillon, l’homme de l’establishment […] mettent en péril cette cause sainte qu’il évoque si souvent: la République française».

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