Chaque jeudi, notre journaliste clôt la newsletter «Comment va la France?» avec le point de vue d’un libéral suisse sur l’Hexagone.

Agnès Verdier-Molinié ne mâche pas ses mots. Dans La France peut-elle tenir encore longtemps?, elle cite la conseillère d’un ministre: «Pendant le pic de la crise sanitaire, l’Etat français a tourné avec 80% des agents en moins. 20% ont suffi à faire fonctionner les administrations centrales. A quoi servent les 80% restants?» On comprend qu’elle puisse s’étonner que 100 000 agents de l’Etat auraient disparu des radars.

50% de fonctionnaires de plus qu’en Allemagne

Tandis que les déficits se creusent et que les impôts et la dette publique peinent à boucher les trous, la France se doit d’enfin se pencher sur ce que Jacques Chirac appelait «l’obésité de l’Etat». Même l’ancien ministre socialiste Claude Allègre avait l’ambition de «dégraisser le mammouth». L’Etat ne cesse pourtant de prendre du poids. Il compte un million d’agents supplémentaires en trente ans, selon Le Figaro. Face à la concurrence mondiale, le secteur privé ne peut pas financer à la fois ses propres investissements et une administration pléthorique. C’est le modèle d’affaires de la machine économique française qui ne fonctionne plus.

En France, un salarié sur cinq est fonctionnaire. L’Hexagone dispose de 85 fonctionnaires pour 1000 habitants et l’Allemagne de 56 pour 1000 habitants, soit un écart relatif de 51%, selon une comparaison du Figaro. Les agents français travaillent à temps plein 1605 heures par an, soit 197 heures de moins (10,9%) que leurs homologues allemands, écrit Agnès Verdier-Molinié dans Le Vrai Etat de la France.

Les promesses des candidats

Emmanuel Macron a failli sur ce dossier. L’homme qui avait promis la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires et une baisse de 60 milliards d’euros des dépenses publiques a largement échoué dans ses plans. La France prouve chaque jour davantage qu’elle ne peut pas être championne du monde de l’impôt et performante sur les marchés internationaux. L’Hexagone est ainsi tombé au 23e rang mondial pour la richesse des habitants.

Le problème est politique. «Il n’y avait pas la volonté de remettre au carré les missions de l’Etat et d’assainir la gestion des finances publiques», juge dans une interview au quotidien conservateur Agnès-Verdier Molinié, qui publie ce mois Le Vrai Etat de la France.

Dans la perspective des élections présidentielles, l’échec macronien est une chance pour des candidats moins étatistes. Les promesses de la droite sont toutefois très timides. Valérie Pécresse, qui se définissait en septembre dernier comme à deux tiers Merkel et un tiers Thatcher, avoue, dans L’Express, ne pas être libérale mais plutôt «une gaulliste sociale qui aime la liberté». Concrètement, elle promet de supprimer 150 000 postes dans l’administration «administrative», tout en renforçant le régalien (éducation, soins, justice). Elle privilégie donc la politique des petits pas.

Une société de surveillance

Plus à droite, Eric Zemmour, qui se veut libéral à l’intérieur (baisse des impôts) et protectionniste à l’extérieur, n’entend pas vraiment supprimer des postes de fonctionnaires. Quant à Marine Le Pen, on ne trouve aucune promesse précise à ce sujet, mais en 2017 elle avait promis une augmentation des fonctionnaires de manière sélective.

Les deux candidats libéraux sont plus ambitieux, mais leurs chances de concrétiser leurs idées bien modestes. Rafik Smati pour Objectif France veut réduire de 10% la dépense publique, soit économiser 130 milliards d’euros sur cinq ans, réduire d’un quart les 1200 agences de l’Etat et proposer aux agents publics de repasser aux 39 heures hebdomadaires.

Le nouveau candidat libéral, Gaspard Koenig, porte tout son effort sur la simplification des normes plutôt que sur la restructuration de la fonction publique. Il promet de chercher les normes à conserver et non pas celles qu’il faut ôter. Dans un meeting, Garpard Koenig a déclaré, selon Le Figaro, que les aléas administratifs «polluent la vie des Français». Le candidat dit avoir «l’impression de rentrer dans une société de surveillance terrible». Une baisse du nombre de fonctionnaires réduirait naturellement le spectre d’une telle perspective.

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