François Bayrou a de solides arguments pour incarner en France cette «majorité du centre» dont il répète qu’elle est la seule à pouvoir garantir la stabilité nécessaire aux indispensables réformes dans l’Hexagone. Problème: ni ses pairs au sein de la classe politique française, ni les enquêtes d’opinion ne lui donnent raison. Le centre, cette vaste alliance d’hommes de bonne volonté dont les contours sont en théorie faciles à dessiner, ne se retrouve toujours pas sur la carte électorale, où il ressemble plutôt à un mirage.

La raison à cela, affirme l’entourage du candidat centriste, est l’extrême polarisation de la campagne présidentielle, que la stratégie de reconquête à la hussarde de Nicolas Sarkozy, le goût du duel dans les médias et le flirt récurrent des Français avec les extrêmes ont transformée en ring.

Soit. Mais cet engrenage n’est pas qu’une affaire de communication et de posture. Il reste aussi, surtout, le produit d’un état d’esprit. L’idée du consensus utile, du compromis indispensable, de la réforme incontournable et socialement équitable – bref, ce terreau naturel sur lequel un gouvernement du centre pourrait prospérer – manque à la France politique de 2012, toujours alléchée par l’idée d’une rupture, portée par un chef ou une révolution…

François Bayrou, qui connaît ces contraintes par cœur, a décidé contre vents et marées de s’en affranchir et d’incarner, à force de ténacité personnelle et de paroles d’experts, une sorte de centrisme à la fois révolutionnaire et gaullien, qui verrait les électeurs prendre à travers lui leur revanche sur les partis et engager ainsi une profonde rénovation politique. Belle ambition toutefois bien éloignée, semble-t-il, de la réalité.

Soit polarisés, soit déçus et donc potentiellement abstentionnistes, les électeurs français continuent de voir le centre comme un appoint et non comme un recours. De quoi, sans l’avouer maintenant, amener inéluctablement le troisième homme de 2007 à se préparer déjà aux négociations de l’après-premier tour.

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