D’un coté, un brulôt éditorial qui transforme le palais de l’Elysée en théatre de boulevard. De l’autre, un sondage qui confirme une fois de plus l’abime entre la réalité electorale de l’hexagone en cette rentrée 2014, et la représentation nationale élue en 2012.

En moins d’une semaine, les mémoires au vitriol de Valérie Trierweiler et les enquètes d’opinion selon lesquelles Marine Le Pen s’imposerait au premier tour, en cas de présidentielle anticipée, puis au second face à Francois Hollande, ont de nouveau démontré combien la France politique estaujourd’hui déboussolée.

Même si les sondages affirment que les candidats de l’UMP l’emporteraient face à la présidente du Front National, l’état de délabrement de la droite traditionnelle, et son affaissement dans l’opinion, ne sont en effet guère moins tragiques que la décomposition du parti socialiste. Plus grave encore peut-être: le dernier baromètre TNS-SOFRES qui a crucifié François Hollande avec seulement 13% d’opinions favorables, affiche un taux record d’impopularité de tous les partis, FN inclus. De quoi donner du grain à moudre à tous ceux pour qui l’impasse dans laquelle se trouve le couple Hollande-Valls masque en réalité une profonde crise de régime. La paralysie de l’économie française, le chomage et l’incapacité à réformer un modèle social menacé de faillite condamneraient à mort, selon ces derniers, une Vème République où la prime aux promesses et la foire aux postures l’emportent à chaque fois sur les compétences et les nécessités chiffrées.

L’on voit mal, dès lors, ce que peut faire Manuel Valls. Social-démocrate décomplexé, prêt à endosser une ligne sociale-libérale, cet admirateur du «Tigre» Clemenceau a contre lui les deux premières années du quinquennat gachées par un attentisme difficilement excusable. Pire: même s’il obtient, le 16 septembre, la confiance d’une majorité de députés, l’ancien ministre de l’intérieur doué pour les coups d’éclat se retrouvera, qu’il le veuille ou non, bridé par la régle d’airain de Matignon.

Valls le hussard pourra certes envoyer au front, pour convaincre marchés et entrepreneurs, son nouveau ministre de l’économie Emmanuel Macron , passé par la Banque Rotschild. Mais à chaque fois, Valls l’arbitre et Valls le «fusible» reprendront le dessus. Entre une droite qui ne lui fera pas de cadeau, un président qui a besoin de lui mais s’en méfie, et un électorat PS au sein duquel il fit seulement 5% des voix aux primaires de 2011, le premier ministre peut, au mieux, soigner son image d’audace et de courage. Dans l’espoir qu’elle lui profitera si les lignes politiques bougent enfin...

Car c’est là, au fond, le véritable enjeu. Dans cette France déboussolée,labourée par le FN, les assauts de Marine Le Pen peuvent soit la conduire aux portes du pouvoir, soit favoriser un électrochoc salutaire et un saut générationnel indispensable. Les appels à la dissolution de l’Assemblée, voire à la démission de Francois Hollande, ne sont de ce point de vue qu’une toute petite partie de l’équation. L’enjeu, pour cette France dontla crédibilité européenne et mondiale sont en jeu, est de se réinventer sans sombrer dans un fétide et illusoire repli. Le locataire de Matignon peut, par sa ténacité réformiste, y contribuer . A charge pour les «Manuel Valls» de la droite d’oser aussi, de leur coté, bousculer leurs militants. Et défier ceux de leurs leaders dont l’attentisme passé est tout aussi responsable du désastre.