Ses électeurs pensaient avoir ouvert enfin une brèche. Les partisans de son approche économique libérale se réjouissaient de la révolution en cours dans le camp conservateur.

François Fillon, pour faire simple, avait réussi à incarner dans la course présidentielle française cette volonté d’alternance forte et de réformes drastiques à laquelle la droite hexagonale était jusque-là restée sourde. Son livre «Faire» (Ed. Albin Michel) illustrait ce pari audacieux, voire impossible, avec des objectifs symboles comme la suppression promise de 500 000 emplois de fonctionnaires.

Vu de Suisse, cette France rêvée par François Fillon semblait à beaucoup cohérente, résolue, enfin capable d’accepter le diagnostic sévère qu’inspire son économie en panne. Oublié, l’attentisme de Jacques Chirac. Rejeté, l’immobilisme d’Alain Juppé, qui recula après avoir jeté les Français dans la rue en 1995-1996. Evacuées, les promesses non tenues de rupture sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le mot «libéral», si tabou dans le débat politique français, semblait ressusciter.

Une droite française moins étatiste, moins vampirisée par le centre, plus solide sur ses valeurs entrepreneuriales paraissait sur le point de prendre les commandes du pays. L’idée d’un référendum pour contrer les syndicats était même sur la table…

Ce scénario du changement radical, validé par la primaire de la droite en novembre 2016, est aujourd’hui dans l’impasse. Complot? Manigances pour sauvegarder le «système»? Telle est l’explication du candidat Fillon, pour qui son programme «trop à droite, trop conservateur, trop churchillien, trop souverainiste, trop réformateur…» est la cause de ses ennuis judiciaires. On peut juger cette théorie du complot erronée et déplacée. Mais le fait est que plus sa campagne est assiégée, plus l’hypothèse d’une rupture libérale à la Thatcher s’éloigne dans l’Hexagone.

Cette folle campagne présidentielle n’est donc pas qu’un séisme politique. Elle masque un affrontement économique très français. L’offensif François Fillon, connu pour avoir parlé de la «France en faillite» et pour apprécier le modèle suisse, voulait réveiller la droite, limiter le nombre de ministres à quinze, dégraisser le mammouth public, engager une réforme à la hussarde de l’assurance maladie. Son challenger aujourd’hui le plus sérieux, Emmanuel Macron, entend, lui, garder l’Etat au centre du jeu, en le dotant de nouvelles fonctions et en le rendant plus performant, façon scandinave. Alain Juppé, battu à la primaire, a toujours dit pour sa part qu’il ne «brusquerait pas» le pays lors de son unique mandat.

Quels que soient les choix disponibles dans les urnes en mai 2017, la probabilité d’un choc économique paraît déjà bien amortie.


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