Editorial

La France doit se transformer, pour mieux évoluer

Les mœurs politiques du pays doivent changer. La société civile doit être réellement écoutée et les fausses promesses de réformes, abandonnées

Difficile de trouver, en France, un interlocuteur qui ne soit pas lassé du mot «réformes». Annoncées à chaque présidentielle par les candidats de la droite, du centre ou de la gauche, ces propositions destinées à changer la France finissent, toujours, par se retrouver différées, éludées, rapiécées. Comment s’y prendre, alors? Comment faire pour que ce vieux pays si fier de son modèle républicain et de sa devise «Liberté, Egalité, Fraternité» parvienne à intégrer les impératifs que sont la compétitivité, la décentralisation croissante des décisions pour les prendre au plus près des réalités, et l’inclusion de la société civile – nourrie au numérique – dans l’exercice quotidien de la démocratie?

La réponse est que la France doit se transformer. Ses mœurs politiques, illustrées par le désolant feuilleton des affaires judiciaires qui accompagne la campagne de François Fillon et de Marine Le Pen, ne font que nourrir la rancœur croissante contre les élus et le «dégagisme» dont se nourrissent les extrêmes. Le candidat de la droite a raison lorsqu’il évoque le besoin de rupture économique. Mais il ne suffira pas de prendre, après cette présidentielle, un brusque virage libéral pour remettre le pays sur les rails d’une république plus économe, prospère et apaisée. Il faut aussi que de nouvelles mentalités émergent, que les villes moyennes ne se sentent plus abandonnées, que l’offensive soit déclarée contre les «inégalités d’accès» à l’éducation et à l’emploi, dénoncées à juste titre par le candidat centriste, Emmanuel Macron.

Cette transformation, pour réussir, a besoin d’un soutien populaire. Le pire serait donc, tout en dénonçant les mensonges et les aveuglements nationalistes du Front national, de nier la nécessité d’une plus grande écoute des citoyens et de la société civile pour comprendre les angoisses et s’inspirer des recettes venues d’en bas. La caste politique française dominante, celle des attachés parlementaires et des hauts fonctionnaires, doit accepter de lâcher prise pour qu’un renouvellement intervienne lors des législatives qui auront lieu en juin.

L’autre condition pour transformer la France est que celle-ci reste ouverte. La fermeture et le repli ne sont pas des solutions qui siéent à une grande puissance, dont le sort politique déterminera celui de l’Union européenne à l’heure du Brexit. La liberté ne peut plus être l’appendice de l’égalité, cette obsession française venue des soutes de la Révolution. Elle doit être réhabilitée, encouragée, et évidemment encadrée.

Le plus grave enfin serait, pour la France, de se complaire dans le spectacle politique dont raffolent les télévisions et Internet à trois semaines du premier tour, le 23 avril. Complot anti-Fillon? Rumeurs sur Macron? Harangues anti-Le Pen? Notre série de reportages propose d’aller plus loin que les coups bas qui occupent le devant de la scène présidentielle. Pour mieux comprendre comment les Français voient leur avenir. En toute liberté.


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