L’espace d’un instant, la France a retenu son souffle, suspendue au dernier épisode de #HouseOfSarthe. Mais dans une campagne présidentielle qui tourne à la farce, François Fillon a choisi la surenchère: il «ne cédera pas». Les uns après les autres, les «déserteurs» quittent le bateau. Bruno Le Maire, Jean-Christophe Lagarde ou encore Pierre Lellouche. Qu’importe, le candidat républicain s’accroche. Si la Toile s’amuse de cette comédie, la presse française, elle, se montre moins tendre. François Fillon est vu comme un candidat suicidaire, un jusqu’au-boutiste qui entraînerait toute la droite dans sa chute.

«Le forcené de la Sarthe», titre sévèrement Libération. Au terme d’une journée surréaliste, François Fillon serait devenu un dangereux personnage, imprévisible et mal intentionné. «Sa campagne, déjà chancelante, se transforme peu à peu en bateau ivre ballotté par les événements», note Le Monde. Son éthique ébranlée, c’est toute la crédibilité du candidat républicain qui en prend un coup. A force de s’acharner, «sait-il que l’odeur de la sciure se rapproche?» questionne Midi libre. A contre-courant, Le Figaro se félicite au contraire que Fillon ait «contre-attaqué crânement». Pas sûr que cette défiance cavalière plaise aux électeurs.

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Formule magique qui absout

#MaisLaFranceEstPlusGrandeQueMesErreurs: l’extrait du discours prononcé mardi est devenu le slogan d’un pays où tout est permis, une formule magique qui blanchit quiconque la prononce. Et tout le monde y va de son bon mot. Voici ce que lance par exemple le biologiste @Alexis_Verger:

«Marre de corriger des copies, j’ai tiré vos notes au sort pour aller plus vite», avoue l’enseignant @obouba. @MetroAugustine, elle aussi, a péché en oubliant ses «enfants à la sortie de l’école». On lui pardonne quand même. Et les détournements fleurissent. Sur le compte de @LaFrancematuer, on découvre Fillon, oignon et couteau à la main, qui balbutie:

Affronter les juges avant les électeurs: deux positions intenables pour nombre d’internautes. Bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’un candidat a des démêlés avec la justice. Mais «finalement, DSK a été petit joueur de renoncer en 2011», note @NicoChiabaut. «Je ne me rendrai pas: #Fillon parle comme un preneur d’otages! #ApresMoiLeChaos», lâche Sophie Chavenas, éditrice déléguée d'@agencepapers. «Ce qui revient au blocage de la France. #Casseroles», déplore encore @patochlemoche. @MpourMinarchy2 résume: «#Fillon c’est le mec qui a de la fièvre et qui accuse le thermomètre.» Et dans un montage vidéo parodique publié par L’Express, Louis de Funès peine à garder son calme face à un candidat à la tête dure. «Cette plaisanterie comportera des suites et j’exige une enquête.»

Pressée de récupérer des brebis égarées dans la débâcle du candidat républicain, Marine Le Pen ne gâche pas son plaisir: «Depuis le début, le comportement de François #Fillon est incohérent. Il n’arrive pas à faire campagne ni à parler de fond.» Au même moment, Emmanuel Macron, lui aussi en embuscade, s’apprête à dévoiler enfin son programme. Dimanche, une manifestation de soutien au candidat est prévue à Paris. Le moment de faire un premier bilan des dégâts occasionnés.

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«Ni au-dessous des lois, ni en dessous»

Quoi qu’il en soit, le feuilleton Fillon atteint un stade avec ce nouveau revirement. Ce qui a été dit ne vaut plus, ce qui a été fait non plus. La mise en examen, la probité revendiquée puis niée, plus rien ne compte en réalité. Mercredi sur RTL France, le sénateur vendéen @BrunoRetailleau affirmait que François Fillon ne se considérait pas au-dessus des lois, mais refusait également d’être en dessous. Où se cache-il donc alors? On ne sait pas très bien.

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