François Hollande adore échanger avec les «Bleus». Vrai fan de foot, doué pour les blagues et auditeur attentif du sélectionneur Didier Deschamps, le président Français trouve dans cette équipe tricolore revigorée, et donnée presque favorite, de quoi espérer une fin de quinquennat plus douce. Bien vu: une performance du onze Français lors de cet Euro représenterait un formidable tremplin pour le locataire de l’Elysée dont le grand défaut est de n’avoir aucun «récit» à offrir ses concitoyens. Quoi de mieux donc qu’un titre de champion d’Europe, sept mois après la tragique nuit du 13 novembre qui démarra par les attentats suicides au stade de France, pour doper la reconquête électorale de ce président «normal», si cruellement impopulaire?

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L’enjeu, on l’aura compris, dépasse le ballon rond. Toujours en proie à de sérieuses convulsions sociales, exposée à la risée du monde entier si les grèves perturbent la compétition et enragent les millions de supporters attendus, la France qui craque a cruellement besoin d’une trêve et d’un moment de consensus. Or quel meilleur remède que le foot, sport populaire et phénomène social, pour recoudre ponctuellement les plaies d’un pays épuisé par la déshérence de son dialogue social?

On a vu, dans un autre registre, ce que la réussite de la grande conférence sur le climat COP 21 organisée à Paris en décembre, avait comporté de vertus rassurantes. La France était alors une cible. Mais le fait de ne rien annuler (sauf quelques manifestations écologistes), d’accueillir plus de 180 chefs d’Etat ou de gouvernement, puis d’arracher un accord jugé crédible contre le réchauffement de la planète, s’est quand même avéré un puissant symbole.

L’affaire est différente avec cet Eurofoot. Personne n’ira blâmer le président en cas de défaite prématurée des «Bleus», que l’équipe de Suisse a pour sa part tout intérêt à faire chuter ballon au pied. L’on voit bien, en revanche, l’importance de la séquence qui s’ouvre à partir de vendredi, lorsque le coup d’envoi du match France-Roumanie sera donné à Saint-Denis. Un Euro réussi, sans accroc sécuritaire majeur, sans chaos logistique et surtout sans attentats, démontrera que face à l’obstacle, notre voisin, pays le plus visité au monde, reste encore capable de s’unir et de produire le meilleur des spectacles.

Et qu’importe si la liesse n’égale pas celle du triomphe de l’équipe «Black-Blanc-Beur» du Mondial de 1998: les succès sportifs ont ceci d’unique qu’ils peuvent réinsuffler de l’envie et de la solidarité. Pile ce qu’il faut, un an avant les présidentielles de mai 2017, à l’éternel optimiste François Hollande.