Incidences

François Hollande, bilan d’une visite réussie

Il n’est guère habituel qu’une visite d’Etat permette de recevoir à Berne un décideur doté d’autant de pouvoirs que le président de la République française. Quand le Conseil fédéral invite le roi d’Espagne ou de Norvège ou le président des trois autres républiques voisines, il marque son estime pour le pays ainsi honoré. Mais il n’a pas affaire à un homme d’Etat qui puisse influencer le cours des relations bilatérales aussi directement que le président français, qui est le chef de l’exécutif.

D’autre part, les statistiques sont trompeuses. Une visite d’Etat est un phénomène rare, comparable à une éclipse solaire! Elle se produit une seule fois durant le mandat d’un président: François Mitterrand étant venu en 1983, il ne pouvait être question d’une nouvelle visite d’Etat avant l’élection de son successeur, Jacques Chirac, douze ans plus tard. En fait, ce dernier – qui était bien disposé envers la Suisse, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là – s’est rendu en Suisse en 1998, soit dans la quatrième année de sa première période présidentielle. On ne pouvait pas envisager de le réinviter avant son départ de l’Elysée, en 2007. Cela réduit l’écart apparent d’une visite d’Etat à l’autre! Dans cette logique, François Hollande ne sera plus l’objet d’une invitation aussi formelle jusqu’à la fin de sa présidence. Selon les prévisions de Pierre-Yves Maillard, président du Conseil d’Etat vaudois, pariant sur la réélection de François Hollande dans deux ans, la prochaine visite d’Etat d’un président français n’aura donc pas lieu avant 2022!

Cela n’empêchera pas François Hollande de revenir en Suisse, par exemple à Genève pour un discours et des entretiens au Palais des Nations ou au CERN ou encore l’an prochain pour l’inauguration du tunnel de base du Gothard ou encore au Forum de Davos.

Une autre caractéristique de ce déplacement tient au choix des sujets. Depuis des années, la Suisse essaie de se projeter en dehors des clichés – coucou, chocolat et coffres-forts. Or François Hollande a précisément vanté l’innovation, la recherche scientifique et le système de la formation professionnelle. Ce pourrait être un prospectus de Présence Suisse: non seulement les sujets qui fâchaient – secret bancaire, entraide judiciaire – sont derrière nous, mais la Suisse moderne, à l’économie dynamique et performante, à la pointe de la recherche et modèle à suivre pour l’apprentissage a été mise en évidence tout au long du voyage.

La France n’est pas en reste en matière de progrès technologique, de recherche et d’éducation: de ce fait, l’intérêt porté par le président français à cet aspect de la vie publique suisse n’en prend que plus de relief. De même que ses injonctions sympathiques aux ministres qui l’accompagnaient à Zurich et à Lausanne: «Notez! Il n’y a plus qu’à copier!»

A ces thèmes qui ont dominé les entretiens et les rencontres s’ajoutent le domaine des relations transfrontalières et la préoccupation pour le sort des frontaliers à la lumière du nouveau règlement de l’immigration.

François Hollande a démontré qu’il connaissait dans le détail les problèmes de voisinage immédiat existant dans les régions sans métropole – l’Arc jurassien –, et dans la métropole sans hinterland local, Genève. Il est important que le pouvoir exécutif prenne conscience de l’importance et des difficultés de la coopération transfrontalière.

Sur la libre circulation, il a été très clair en public comme en privé: la libre circulation est un principe non négociable, mais il faut rechercher si possible une solution et maintenir le dialogue avec les institutions européennes.

Sur ce point, la France apportera son aide à la Suisse, comme elle l’a fait en 2012. Devant le blocage des négociations sur les questions institutionnelles, la Commission européenne était tentée, alors, de rompre le contact. Les diplomaties française et allemande se sont employées à l’éviter. Elles ont obtenu que la Suisse et l’UE continuent à se parler. Il en est résulté l’accord qui a permis de démarrer des pourparlers formels au printemps de 2013, lesquels se poursuivent encore aujourd’hui mais dans un contexte fortement altéré par le vote sur l’immigration de masse du 9 février 2014.

Les sujets diplomatiques traditionnels ont été abordés, et notamment la situation de sécurité en Europe, mais ils n’étaient pas au cœur de la visite. En revanche, le déplacement de François Hollande s’inscrit dans la série d’entretiens qu’il mène depuis plusieurs mois en vue de la conférence de Paris sur les changements climatiques. C’est une des grandes priorités pour la France. De la sorte, les positions que la Suisse a arrêtées parmi les premiers ont été bien mises en valeur. Leur caractère exemplaire a été souligné à plusieurs reprises par le haut visiteur. La France compte sur la Suisse pour assurer le succès de la conférence de Paris, ce qui est également dans son intérêt.

Par-delà les déclarations échangées, et le courant normal ayant été rétabli, la rencontre de la Suisse avec François Hollande acquiert une portée à la fois symbolique et pratique. Il s’agit maintenant d’en assurer le suivi – en prévoyant une intensification de visites de responsables, en renforçant la collaboration sur des programmes communs et la participation du secteur privé.

La France compte sur la Suisse pour assurer le succès de la conférence de Paris sur le climat

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