France

François Hollande confond le peuple avec les people 

Comme la divine surprise semble désormais programmée à chaque élection, certains se mettent à rêver d’un deuxième mandat pour François Hollande. Une brochette de «people» prend sa défense, les réseaux sociaux disent NON!

Vous pouvez annuler votre abonnement Netflix. Le monde politique réserve en ce moment plus de retournements de situation, de personnages sortis du chapeau et de suspense que toutes les séries réunies. Et dans ce monde où les donnés perdants sortent gagnants, certains se mettent à imaginer le plus improbable des scénarios, à six mois de l’élection présidentielle française. Et si c’était lui? Lui, Monsieur 4%, le président qui aime la pluie mais qui se mouille peu; lui, sur qui pèse une menace de destitution.

Brochette de célébrités

Alors qu’une enquête a été ouverte mardi par le parquet de Paris pour savoir si François Hollande a divulgué un document «confidentiel défense» aux deux journalistes qui ont publié «Un président ne devrait pas dire ça», une soixantaine de personnalités de la culture, des sciences et du sport prennent sa défense.

Dans une tribune publiée dimanche dans le «JDD», son comité de soutien dénonce «l’acharnement indigne» et «le dénigrement permanent» dont il est l’objet. Les signataires, parmi lesquels Catherine Deneuve, la styliste Agnès B., le médecin Patrick Pelloux, Denis Podalydès, Mazarine Pingeot, Juliette Binoche ou Benjamin Biolay, dressent la liste de mesures qu’il a engagées (soutien à l’apprentissage, créations de postes dans l’Education nationale, protection contre le harcèlement sexuel, mise en œuvre concrète de la transition énergétique, non-cumul des mandats) et lui reconnaissent une stature d’homme d’Etat.

S’ils viennent au secours de Hollande, les signataires n’appellent pas à sa réélection, contrairement à Philippe Caubère, homme de gauche politiquement incorrect (oui, ça existe), qui dans «Libération» fait l’éloge du livre incriminé: «Aller au-devant de la transparence, en parlant le plus librement possible à deux journalistes, me paraît naturel, intelligent et nécessaire». Caubère qui, lors des obsèques de Michel Galabru, fustigeait le théâtre subventionné d’avoir ignoré le talent de son ami acteur, se dit prêt à voter pour cet homme que l’époque aura mal jugé.

Tout à l’envers

L’actuel locataire de l’Elysée a eu droit à plusieurs surnoms. On ajoutera celui de roi Dagobert tant il fait tout à l’envers. Alors que les élites sont dénigrées, il est défendu par elles; alors que les médias sont objets de défiance, il les aime tant qu’il leur livre des indiscrétions et attend leurs analyses avant d’avancer ses pions; alors que les élections de 2016 témoignent de nations en colère, épuisées d’être ignorées, il poursuit ses jeux tactiques pour savoir si oui ou non il se représentera, tandis que son parti s’impatiente de ce qui devrait être une de ses dernières tergiversations – si l’on se fie aux sondages.

Mais le pire, aux yeux des internautes, c’est de confondre peuple et people, de préférer plaire à ceux qui le flattent plutôt que de répondre aux besoins de ceux qui l’ont élu. Les réseaux sociaux, toujours prompts à la curée, ont développé une série de hashtags (#bobosphère, #gauchecaviar, #gaucheFalcon #Hollandebashing) pour dire leur détestation, leur mépris ou leur envie du roi et de sa cour. Catherine Deneuve, dont on rappelle les robes de prix et la mise en vente récente de son manoir, mais aussi Benjamin Biolay, prototype du bobo au carré, sont les plus attaqués. Il y a quelque chose comme un remake de la fuite de Varennes dans cette fin de règne…

Noms et prénoms des 4%

Cette lettre de soutien à François Hollande publiée le même jour que les primaires de la droite et la veille de la liste établie par «Vanity Fair» des 50 personnalités françaises les plus influentes (Marion Cotillard se retrouve sur les deux, Emmanuel Macron que dans la seconde) est, d’un point de vue stratégique, aussi maladroite qu’inefficace. Hillary Clinton a été soutenue massivement par Hollywood, et cela ne lui a pas porté chance. Mais cette opération aura eu un mérite. Comme l’écrit @matthieuugolini: «Au moins, on connaît les 4% d’opinions favorables.»

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