«Sérieux»: François Hollande affectionne ce mot. Au fil des 650 pages du livre «Un président ne devrait pas dire ça…» (Ed. Stock) des deux journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, le mot revient sans cesse.

Pour qualifier la politique économique mise en œuvre à partir du tournant de 2013. Pour défendre son inexpérimentée ministre du travail Myriam El Khomri. Pour vanter le bilan de la gauche au pouvoir, alors qu’elle est toujours, déplore-t-il, «plus belle quand elle ne l’exerce plus». Sérieux oui, le chef de l’Etat français, y compris lorsqu’il respecte à la lettre son engagement d’accorder des entretiens aux deux journalistes au fil de son quinquennat.

Rien n’y fait, même lorsqu’il s’avoue mécontent des articles écrits par ces derniers. Il continue de les recevoir, parfois in extremis «entre deux rendez-vous». Il persiste à accepter leurs invitations à dîner à leur domicile. Sérieux. Au point d’être vertigineux…

«Naïveté confondante»

Revient donc la question tant débattue depuis que les livres de «confessions» avec le locataire de l’Elysée ont commencé à être publiés. Pourquoi? Or à la lecture, une première explication s’impose: l’obsessif désir, justement, de «faire sérieux» d’un chef de l’Etat dont les auteurs ne cessent de souligner l’indécision, la «naïveté confondante» (p. 357), le côté «dissimulateur, flegmatique, équivoque» (p. 297), ou le souci de se trouver sans cesse «des circonstances atténuantes» (p. 283).

Comme si, chez François Hollande, le «sérieux» était avant tout une affaire de communication. Asséner son côté «sérieux» pour mieux faire oublier son autre souci obsessionnel sans cesse réitéré devant les journalistes: «faire attention» (p. 442). Soit éviter au maximum les imprudences, les cassures et les fractures. Ce qui, dans la vraie vie, entrave justement tout changement «sérieux».

Pourquoi ces dizaines d’heures de conversation?

Reste ensuite à comprendre pourquoi ces dizaines d’heures de conversations ont abouti à un tel livre. Comment François Hollande, qui démarra sa carrière comme conseiller de François Mitterrand – à portée de couloirs de Jacques Attali, l’auteur des «Verbatim» si controversés (Ed. Fayard) – a-t-il pu se tromper à ce point, ne sollicitant qu’à la fin la relecture de ses citations (p. 12), preuve que les règles de leurs causeries étaient pour le moins floues?

Les auteurs apportent la réponse. «Nous nous étions mis en tête d’enquêter, à notre façon, sur la manière dont il exercerait son futur mandat» avec, ajoutent-ils, la volonté de vérifier «si son engagement (de candidat anti-Sarkozy) résisterait à l’épreuve des faits». On relit cette phrase et l’on comprend mieux pourquoi le duo Davet-Lhomme multiplie, en plus des audiences présidentielles, les apartés avec le premier ministre, les ministres, des conseillers.

Le juger, l’autopsier en cours de mandat

Il ne s’agissait pas, pour eux, d’écouter François Hollande. Il s’agissait de le juger, de l’autopsier en cours de mandat, sans possibilité de droit de réponse ou de correction. Travail impitoyable de journalistes. Mais quelle défaillance pour l’équipe de communication présidentielle chargée, en théorie, de protéger l’homme et sa fonction!

Le nœud de l’affaire «Un président ne devrait pas dire ça» est au fond contenu dans une phrase beaucoup moins citée que les déclarations de François Hollande sur les juges ou ses confidences «secret-défense» sur les assassinats ciblés ordonnés durant son quinquennat.

Il ne pouvait que terminer comme ça

Elle se trouve page 438: «Tout est maintenant au jour quand on est au pouvoir alors que, quand on est dans l’opposition, tout est encore obscur», explique-t-il. Bingo! En pleine lumière depuis son élection de 2012, François Hollande est resté cet homme épris d’obscurité, qui n’est jamais parvenu à refouler sa personnalité d’antan.

Lisez, pour en être sûr, le récit de sa visite soi-disant incognito à l’ancienne ministre Cécile Duflot… dans le même immeuble où l’un des auteurs l’a pourtant invité à dîner quelques semaines plus tôt (p. 329)! Sidérant. «Décidément, les rendez-vous confidentiels de Hollande ne le restent jamais longtemps», concluent, à mi-livre, les deux journalistes.

Ce président-là – à qui seulement 11% des Français font confiance selon un sondage du Figaro d’hier – ne pouvait que terminer comme ça.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.