Caramba, «encore raté!» tranche Le Figaro de ce vendredi. Car le face-à-face télévisé de François Hollande avec des Français à mi-mandat sur la chaîne TF1, sans précédent depuis son élection à l’Elysée, n’a pas du tout convaincu la presse. Pas du tout, du tout. C’est le moins que l’on puisse affirmer. Autant sur la forme que sur le fond, d’ailleurs. «Il n’avait pas grand-chose à dire, mais il l’a dit longuement», cingle le quotidien de droite, qui n’est de loin pas le seul à le juger sévèrement. Une autre phrase assassine, une seule? «Personne ne sait où tout ça nous mène, pas même lui»: c’est dans La Charente libre.

Le Parisien, de son côté, a vu «une démonstration inquiétante de la difficulté» qu’a le président de la République à «trouver l’élan, la volonté, la force de rassurer des Français» pour la seconde partie de son quinquennat. Au lendemain de cette intervention, ils «ont toujours autant de raisons de douter». Mais Libération tempère, notamment dans son éditorial, simplement intitulé «Pugnace»: «Le ton a changé. Le président normal sort de sa normalité. Interrogé sur lui-même, sur ses erreurs, sur ses objectifs, François Hollande a rendu coup pour coup, fustigé le dénigrement dont est victime le pays, dit sa confiance dans sa politique en dépit des erreurs initiales, défendu une «république sociale» et répété qu’il ne se représenterait pas si les résultats n’étaient pas au rendez-vous.»

Mais encore? Outre ce qui est «flou» ou «pas nouveau» dans le discours de celui qui dit se «cramponner» et qu’a recensé Le Monde, «il a surtout joué sa carte: celui du réformateur jusqu’au bout, libéré de toute contrainte électorale». Il «a affronté le vent contraire avec véhémence et annoncé – avec une certaine honnêteté – que les efforts demandés paieraient… dans dix ans», commente non sans bienveillance Libé, qui ajoute: «Ce qui a manqué? Parler à la gauche.» Son grand patron, Jean-Luc Mélenchon, en est outré, c’est peu dire:

Pour Ouest-France aussi, «en confirmant sa politique de rigueur», François Hollande «entretient la déception à gauche sans apaiser l’incrédulité à droite». Oui, «depuis deux ans et demi, et hier soir encore, il subit. Il subit les scandales publics et les affaires privées, la rigueur européenne et l’impatience sociale, les écologistes et les agriculteurs, les patrons et les frondeurs, son entourage proche et ses rivaux lointains.» En revanche, «s’il est normal de connaître un minimum d’intimité présidentielle, cette idée de renouer avec l’opinion à travers la vie privée» était «une erreur».

«Agacé par ces intrusions, affecté même par la politique de caniveau», le président s’est montré «impatient de parler d’autre chose que de lui», notamment «de la France qui brille», comme il dit. Mais ses réponses sont «trop faibles». Et «trop lentes pour rassurer». «Trop générales pour répondre à des réalités particulières.» Et à propos de «la forme prise par le dialogue présidentiel avec quatre Français», Sud-Ouest écrit que «l’émission d’hier a successivement transformé François Hollande en conseiller de Pôle emploi, en guichetier d’aide aux entreprises, et finalement en député de base, un député dont la permanence aurait été le studio de TF1, et qui se voyait sommé de consoler, de rassurer, d’aider ses compatriotes dans la détresse ou le désarroi».

«Une consultation de sous-préfecture»

Conclusion? C’est l’incipit de l’éditorial du quotidien bordelais: «Quelle erreur que de participer à ce genre d’émission!» C’est sans doute ce qui fait dire à L’Opinion: «On nous promettait un grand rendez-vous politique à la mi-temps du quinquennat, nous avons eu une consultation de sous-préfecture.» Ce genre télévisuel accentue un «contraste saisissant», celui entre «l’ode présidentielle à une France qui bouge, qui invente, qui réussit, et la réalité de ces quatre Français pour qui la crise est bien concrète, quotidienne», selon La République des Pyrénées.

«N’était-ce pas vain d’espérer que ce président», questionne le journal de Pau, «raillé, vilipendé, caricaturé comme un chef d’Etat mou, volage, impuissant, incapable de réaliser ses promesses de campagne, perçu comme un homme sans affect sur lequel tout glisse, même la pluie, que cet homme-là, presque à terre, parviendrait à fendre l’armure devant des millions de téléspectateurs?» Et il y a tacle plus méchant encore: «Au moins cette opération de communication l’aura-t-elle rapproché de ses lointains administrés le temps d’une soirée. La proximité se substitue à la légitimité», pour La Nouvelle République.

Un «compatissant»

L’Alsace, pour sa part, constate que «le président a surtout tenu à être compatissant, histoire d’effacer l’anecdote ravageuse» des fameux «sans-dents» au cours de cet «aimable bavardage». En fait, «on reste dans le domaine de l’incantation. Quand il assure que dans dix ans la France sera la première en Europe, chacun aimerait le croire. Ce sera difficile au regard des déficits, mais de cela, il ne fut pas vraiment question. François Hollande a voulu surtout dire qu’il était encore le patron, insistant sur son rôle de président de tous les Français pour lesquels il prend «tous les risques». Nul ne le contestera, mais hier soir, il a surtout couru le risque de ne convaincre personne de sa capacité à inverser la spirale de l’échec.» Voilà pour les analyses «sérieuses», qu’on résumera par cette phrase de Paris Match: «Peu d’annonces frappantes, peu de perspectives.»

Mais ce genre d’exercice, c’est aussi du pain bénit pour les réseaux sociaux, on le sait maintenant. Aussi, en parlant de «manger des frites» et de sa «tournée des bistrots pendant 30 ans» moquée par Nicolas Sarkozy ou du lapsus sur la «charge pondérale», François Hollande a déclenché des rafales sur Twitter, où plus de 100 000 messages, dont la causticité n’eut d’égale que l’incrédulité, ont été publiés. La palme? Elle revient incontestablement à la fine allusion de Léonard Trierweiler, le fils de Valérie:

Et quand le bon François a expliqué que le locataire de l’Elysée travaillait «souvent pour son successeur», les militants UMP ont aussitôt réagi, comme Gilles Boyer, proche collaborateur du candidat à la primaire Alain Juppé:

Quoi d’autre? Dans le genre «désintox», son affirmation sur le fait que la France est le premier pays d’accueil des étudiants étrangers – en réalité, elle est troisième – a été aussitôt contrée par les gazouilleurs, surtout en terres helvétiques:

L’annonce sur la distribution de tablettes aux élèves de 5e a fait pour sa part tourner les calculettes des journalistes spécialisés dans le fact checking, comme Samuel Laurent, du quotidien Le Monde, qui a estimé:

La droite et la gauche de la gauche se sont elles aussi défoulées sur Twitter. L’UMP avait d’ailleurs mis en place un mot dièse ad hoc, #Hollandelechec, dont se sont servis les militants comme autant de boulets rouges. Et enfin, la journaliste Audrey Pulvar a regretté que les journalistes fussent tous de chenus quinquagénaires:

Au final, les Français ne retiendront sans doute qu’une seule promesse, selon Le Huffington Post, faite jeudi soir, et qui «marquera un tournant dans le quinquennat à condition qu’elle soit respectée jusqu’au bout: il n’y aura aucun impôt supplémentaire pour «qui que ce soit» à partir de l’an prochain et ce, jusqu’en 2017». L’engagement est certes «spectaculaire» et «censé enterrer définitivement le ras-le-bol fiscal» qui plombe le président le plus impopulaire de la Ve République. Euh… faut-il lui rappeler que «les comptes de l’Etat sont loin d’être rétablis et que la surveillance de Bruxelles s’accroît de jour en jour»?

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.