Vu de Paris

François Hollande se défend à travers Mitterrand

Cette semaine, le chef de l'Etat français à célébré au Louvre le centenaire de l'ancien président. Avec un discours pour le moins identificatoire

Se servir des morts pour parler aux vivants. Ainsi fit François Hollande, mercredi dernier, en s’exprimant en clôture du colloque organisé au Musée du Louvre, à Paris, pour le centenaire de la naissance de François Mitterrand. Attaqué dans son propre camp depuis la parution du livre «Un Président ne devrait pas dire ça…» (Ed. Stock), le chef de l’Etat a profité de l’occasion pour transformer son hommage à son prédécesseur à l’Elysée, en un véritable plaidoyer pro domo.

Aux socialistes qui veulent l’empêcher d’être candidat en 2017, le président de la République a répondu par des références mitterrandiennes au double sens à peine masqué. «La marque de François Mitterrand, c’est la volonté. Une volonté farouche, inébranlable, inépuisable. Il n’a jamais cédé au moindre découragement, même quand les épreuves semblaient l’avoir écarté», a souligné d’emblée François Hollande.

«Il savait attendre pour mieux durer»

Le PS se déchire sur son silence, quand lui attend toujours décembre pour dire s’il rempile ou non pour un second mandat? «Mitterrand savait attendre pour mieux durer, glisse-t-il dans un sourire. Il respectait les rythmes, il évaluait les contraintes, scrutait les espaces pour mieux surgir dans l’instant qu’il avait lui même choisi.»

Devant un parterre d’anciens proches de Mitterrand – étaient notamment présents Jack Lang, Hubert Védrine, Jacques Attali ou Mazarine Pingeot – François Hollande ne boude pas son plaisir à rappeler les attaques dont a été la cible le premier président socialiste de la Ve République.» François Mitterrand a pu subir des critiques, des contestations, des outrances. (…) Il savait ce qu’étaient la politique et ses luttes, y compris dans sa propre famille politique. Il était attaqué parce qu’il était la gauche et avait la prétention de gouverner dans la durée», a-t-il pointé, comme un portrait de lui-même.

L’exercice est habile; la comparaison risquée. Avant sa réélection en 1988, Mitterrand, incontesté au PS, approchait les 50% de popularité, quand François Hollande sombre dans les sondages et voit certains de ses amis se détourner. A l’image du président de l’Assemblée, Claude Bartolone, qui s’est éclipsé avant l’arrivée du président.

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Ironie cruelle, les deux François voisinent actuellement en librairie. Hollande avec le livre explosif de Gérard Davet et Fabrice Lhomme; Mitterrand avec ses «Lettres à Anne», qui recense ses mots d’amour à Anne Pingeot. Un recueil publié par surprise dans la prestigieuse collection NRF de Gallimard, vingt ans après la mort de Mitterrand. Preuve que, lui, savait, même après sa mort, rester maître du temps et du secret.

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