revue de presse

François Hollande en Suisse, ou la fin de l’ère glaciaire

Comment les médias de l’Hexagone abordent-ils la visite du président de la République en terre helvétique? Par le fisc, surtout, et sur un ton de réconciliation générale

Le faubourg Saint-Honoré débarque donc ce mercredi sur le Bundesplatz. Du coup, Dame Helvétie se taille la part du lion dans les médias de l’Hexagone. Pour lesquels ce sera surtout «l’occasion de tourner la page d’une série de brouilles, comme sur la question de l’évasion fiscale, mais aussi de célébrer les réussites helvétiques en matière de croissance verte ou d’apprentissage», tel que le résume le site de BFMTV.

Radio France internationale (RFI), elle, relève ce «paradoxe franco-suisse: 200 000 Français résident en Suisse – c’est la plus importante communauté française à l’étranger – on compte 150 000 travailleurs frontaliers, la France est la première destination des investisseurs suisses, il existe une coopération scientifique et culturelle particulièrement développée avec ce pays francophone, et pourtant, les relations politiques sont proches de zéro.»

De zéro? Et de rappeler, donc, comme l’entier de la presse, que «François Hollande est le premier président à se rendre en Suisse depuis Jacques Chirac il y a 17 ans, François Mitterrand en 1983 et Armand Fallières en 1910». «C’est peu pour un pays frontalier alors que le commerce bilatéral représente 25 milliards d’euros et les investissements croisés totalisent 73,5 milliards d’euros», aux yeux du Figaro.

Le 9 février à l’agenda

France 3 Alsace précise de son côté que «les relations entre la Suisse et l’Union européenne après la votation du 9 février 2014, par laquelle les Suisses avaient dit «oui» à «l’arrêt de l’immigration de masse», seront également à l’agenda […]. François Hollande devrait en «prendre acte» tout en rappelant l’un des principes fondamentaux de l’Union européenne, la libre circulation des personnes, ainsi que son attachement aux droits acquis des travailleurs et tout particulièrement des travailleurs transfrontaliers.»

Mais «qui dit Suisse, dit aussi comptes en Suisse, poursuit RFI. Alors que l’affaire Cahuzac a fait trembler [le locataire de l’Elysée] la première année de son quinquennat, «le climat s’est nettement amélioré» sur le lourd dossier de la fiscalité, assure un conseiller du chef de l’Etat. La Suisse rejoint la norme mondiale, et pratiquera, en 2018, l’échange automatique d’informations – l’Elysée n’hésite pas à parler de «révolution».»

On peut donc espérer que les liens se resserrent, à en juger par les préparatifs de la visite concoctés par Goulven Buisset, membre du cabinet du président de la République qu’a interviewé l’émission 26 minutes de la RTS. C’est d’ailleurs l’unique média, rendons-le lui bien, à parler de ce que fera Julie Gayet pendant ce temps:

Le Point estime que «François Hollande arrive en Suisse pour signer la paix fiscale», alors que «les deux pays se boudent depuis 2007, date de l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Berne ne supportait pas les diatribes de l’ancien président contre les paradis fiscaux. Paris reprochait à son petit voisin d’accueillir avec trop de complaisance des milliers d’évadés fiscaux. Ce ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.» Le magazine ajoute que «toutefois, le président français n’en est pas au point de serrer dans ses bras les banquiers genevois»: lors de cette visite, «il évitera la Cité de Calvin».

Le Huffington Post est aussi prudent, qui juge que l’on va «entériner une réconciliation encore fragile», tout en développant l’argument que selon la presse suisse, «l’ère glaciaire des relations diplomatiques entre Paris et Berne a débuté avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le président de la République se serait montré «peu respectueux des petits Etats» et aurait même mal vécu le fait que la presse suisse relaie des rumeurs sur sa vie privée. Autant dire que l’offensive de la France contre les paradis fiscaux et l’opacité du système bancaire suisse au moment de la crise financière de 2008 a été accueillie avec froideur côté helvète.»

Le coffre-fort percé

Pour Le Parisien, qui a toujours le sens de la formule, «Hollande perce le coffre-fort suisse» et «ne sonnera pas les cloches fiscales aux Suisses». Tandis que Les Echos, eux, limitent leur annonce de l’événement à un long et unique développement sur l’affaire de l’aéroport de Bâle-Mulhouse. En précisant tout de même dans un autre article, plus général, que si «les conflits fiscaux sont résolus, les menaces sur la libre circulation subsistent». Quant aux Dernières Nouvelles d’Alsace, elles répercutent aussi la «déclaration d’étape» signée mardi sur l’EuroAirport Basel Mulhouse Freiburg «par les chefs des diplomaties des deux pays, à la veille de la visite» d’Etat.

Dans un tout autre genre, L’Equipe écrivait déjà ce dimanche que le Conseil de Paris annoncerait «lundi son soutien à la candidature de la capitale française pour l’organisation des Jeux olympiques de 2024» et que le président, en Suisse, «en profitera pour se rendre au Comité international olympique (CIO) à Lausanne. Il sera accompagné par Guy Drut et Tony Estanguet, les deux membres français du CIO, et s’entretiendra avec Thomas Bach, président du CIO, afin de prendre la température sur la candidature parisienne.» C’est la note people de la visite.

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