Est-ce le dernier clou dans le cercueil du «Florentin»? Pas sûr. Trop de secrets. Et pour la gauche française qui a goûté au pouvoir dans le dernier demi-siècle, François Mitterrand demeure l’intouchable et génial tacticien qui a su la faire revenir dans les ors de la République. Mais le rapport de 1200 pages qui vient d’être remis à Emmanuel Macron sur l’action de la France au Rwanda au début des années 1990 et pendant le génocide des Tutsis est un acte d’accusation si dévastateur qu’on ne voit pas ce qui peut rester sans souillure de la statue du commandeur à la rose.

L’historien Vincent Duclert, l’auteur du pavé, n’a pas eu accès à toutes les archives: quelques-unes demeurent fermées, d’autres ont été détruites. Ce qu’il a lu permet cependant de confirmer qu’au moment où se préparait, puis se déroulait, la tragédie africaine, une petite cellule militaire, à l’Elysée, sous les ordres de Mitterrand, organisait en toute opacité le soutien au pouvoir totalitaire hutu, sachant le sort qu’il réservait à la minorité tutsie. Pourquoi? Parce que le Rwanda, fleuron francophone, était victime d’une agression ougando-anglo-saxonne, que les Tutsis étaient aussi des massacreurs, que le petit pays était le théâtre d’un double génocide? Cette version mitterrandienne révisionniste est détruite par l’historien. Mais ses tenants la perpétuent pour dégager la responsabilité française – et la leur – de l’horreur de 1994.