Conversation

Francophobie après l'Euro: les internautes se sont exprimés sur la page Facebook du Temps

Une petite tornade de réactions a secoué Le Temps suite à notre article citant les réactions d'une minorité d'internautes suisses hostiles aux Français, après la défaite des Bleus à l'Euro. Petite revue n°2 de ces commentaires, qui éclairent des malaises sociaux sous-jacents

Lundi soir, un article publié sur la page Facebook du Temps a été reçu avec grand fracas par les internautes. «La défaite des Bleus à l'Euro révèle une francophobie latente en Suisse romande», partagé 270 fois et ayant suscité pas moins de 293 commentaires, a suscité un débat plus virulent que ce que connaissent habituellement nos messages. L'article revenait sur les réactions virulentes d'une minorité d'internautes suisses qui exprimaient leur hostilité à l'encontre des Français, après la défaite des Bleus face au Portugal en finale de l'Euro. Plusieurs points intéressants ressortent du débat.

Portugais aussi victimes de racisme

Si, lors de l'Euro 2016, les Français ont été taclés par certains internautes avec des «cocorico», «Frouze» et autres petits noms, il ne faut pas oublier que les Portugais font aussi l'objet d'un racisme latent, en Suisse comme ailleurs. C'est ce qu'un internaute, qui a aussi inspecté les réseaux sociaux, rappelle dans un commentaire: «Et là, tout ce qu'on lit sur les réseaux sociaux c'est: «le Portugal a volé sa victoire», «Que des fautes! Sales tricheurs de Portugais», «La finale doit être rejouée, connards de portoches», «La France championne réelle malgré le vol des Portugais», «Bouhou c'est des méchants tricheurs»...». Et de déplorer le manque de fair-play des chauvins des deux camps.

Une internaute portugaise témoigne également du racisme latent envers la communauté lusophone, qui serait entretenu par les médias français. «Je suis d'origine portugaise et suis, évidemment, contente que le Portugal gagne cette coupe! Je n'ai absolument rien contre l'équipe française (...) ni contre la France (...)! Cependant, je n'ai pas aimé l'attitude discriminatoire et irrespectueuse des médias français qui nous ont insultés, injuriés et humiliés du début à la fin! Ils ne l'ont fait avec aucune autre équipe, c'est à se demander pourquoi ils nous ont pris pour cible!! Je trouve donc que c'est les médias français, et eux seuls, qui ont semé la zizanie et qui n'ont pas été à la hauteur de leurs joueurs, qui eux, ont donné le meilleur d'eux même jusqu'au bout!!». Une Romande rapporte aussi: «Je dirais qu'il y a eu aussi de la «portugalophobie», une jeune femme de ma connaissance d'origine portugaise s'est fait insulter comme jamais tout simplement parce qu'elle a osé être pour le pays d'origine de ses parents.»

«Dégueulasses», vraiment?

Un autre utilisateur de Facebook explique l'esprit de revanche de cette minorité de Suisses agacés par leurs voisins: «Quand on lit dans les journaux français et qu'on entend les consultants français rabâcher à longueur de journée le «jeu horrible prôné par les Portugais» ou (cf: le 20 Minutes qui met en titre le jeu DÉGUEULASSE du Portugal), faut s'attendre à un juste retour de bâton et c'est mérité. Chaque action entraîne une réaction. ABE.»

Ce commentaire renvoie au titre polémique choisi par le 20 Minutes français – l'article a été re-titré depuis – pour annoncer que la Seleçao a été qualifiée en quarts de finale malgré un jeu en demi-teinte: le choquant «Ce Portugal est dégueulasse, mais il est en quarts». 

Les médias français, (trop) chauvins

Ainsi, le battage médiatique des médias français aurait dissuadé certains Suisses de soutenir les Bleus. «Le problème de l'équipe de France semble bien venir des journalistes qui semblent être les pères et mères de chaque joueur. Champions du monde avant même que la compétition n'ait commencé. Forcément ça irrite!», déplore un internaute. Un autre intervenant suppose: «Ces réactions proviennent peut-être de l'exposition des Romands aux médias français qui, qu'on l'admette ou non, sont loin de faire preuve de modestie dès que l'on parle de leur équipe nationale...»

Tartines crâneuses et interminables sur les Bleus à chaque victoire et dénigrement des autres équipes, ce seraient plutôt ces torts médiatiques et non les Français eux-mêmes, qui ont dérangé un grand nombre de Suisses. Certains d'entre eux ont critiqué le fait que les médias français voyaient déjà les Français vainqueurs. Le débat a même quitté les sphères du foot pour rebondir sur d'autres thématiques franco-suisses. L'une des plus épineuses reste sans conteste le débat sur les frontaliers.

Frontaliers... et parfois victimes

Du côté français, un internaute rectifie le titre de l'article, qui évoquait une «francophobie latente»: «Rien de latent c'est omniprésent... Critiques, insultes, crachats sur la voiture... Et le plus souvent ceci vient de gens issus eux-mêmes de l'immigration. Heureusement pour eux que d'autres personnes plus ouvertes et tolérantes ont accueilli leurs parents ou grands parents... Dommage que leur mémoire soit courte et orientée... Regardez autre chose que TF1 et M6... Ou alors profitez de vos vacances en France et de votre temps passé à y faire les courses pour discuter avec nous, vous verrez on est plutôt sympa.»

Lire aussi: Expatriés français: les internautes s’expriment sur la page Facebook du «Temps»

Le paradoxe de l'anti-frontalier qui va faire ses courses en France est aussi soulevé par un autre internaute, qui s'exclame: «C'est pas d'aujourd'hui!! Et ça n'a rien à voir avec le foot!!! Les Suisses sont anti-Français!! Je parle du vrai Suisse aigri, jaloux de la vie des frontaliers, qui critique la France et qui est le premier à passer la frontière pour aller faire ses commissions en France pour économiser 15 francs.» Clichés contre clichés, donc.

Presque la même culture

Un autre point soulevé est la mentalité supposée modeste du Suisse face au «cocorico» français. Une internaute tente d'équilibrer les choses: «Je crois que les Romands ont un grand complexe d'infériorité: si les Suisses gagnaient l'Euro, nous aussi nous aurions envie de le fêter! Et nous en parlerions pendant des mois. Mais voilà, nous n'avons pas été capables d'aller en finale. Les Bleus ont une belle équipe, beaucoup plus fair-play que tous ces commentaires haineux.»

Lire aussi: L’enfer des expatriés français en Suisse: une «enquête»

Bien des utilisateurs soulignent les liens et similarités entre la Suisse et la France. Exclamation d'une internaute excédée: «C'est pas fini cette petite guéguerre ridicule à la fin?! On parle la même langue, on a la même culture, la majorité des Romands ont des origines françaises plus ou moins lointaines... On habite à deux pas, c'est vraiment ridicule et petit de s'insulter comme ça, on est deux pays amis!».

Un autre internaute de renchérir avec un petit rappel contextuel: «Francophobie délirante quand on pense combien le Romand fait partie intégrante de la francité, il y a beaucoup plus (de liens) entre un Romand et un Français qu'entre un Gallois et un Anglais. Tout cela relève de la bêtise la plus stupide (...) (et de) la jalousie... De la part d'un Suisse bourgeois de sa commune depuis 1368...», signe-t-il.

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