revue de presse

Les fréquentations de Netanyahou junior déchaînent les foudres des ultras israéliens

Le fils du premier ministre israélien sortirait avec une non-juive. Il n’en fallait pas davantage pour que l’extrême droite et les partis religieux attaquent frontalement le chef du gouvernement sur ces amours «pas casher», qu’il a l’outrecuidance de cautionner

D’emblée, le ton frappe par sa violence extrême: «Il crache sur la tombe de sa grand-mère et de son grand-père qui l’aimaient tant», dit de lui un membre ouvertement nationaliste de la belle-famille de Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien. Mais qui est ce renégat dont on parle en termes si crus et qui se permettrait même une escapade amoureuse en Scandinavie? Yair Netanyahou, son fils de 23 ans, surnommé le «boy king» par le Jewish Journal.

«Tout a commencé», selon Le Soir, lorsque le journal norvégien Dagen a révélé, dimanche dernier, qu’il fréquentait «une Norvégienne de 25 ans, Sandra Leikanger, étudiante en Israël», photo de l’idylle à l’appui. Paris Match raconte qu’ils se sont rencontrés à l’Université privée d’Herzliya: «Lui, qui vient de finir son service militaire, étudie les relations internationales; elle est étudiante en communication.» Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

«Pas besoin d’aller voir ailleurs»

Sauf qu’il y a un gros «problème pour la classe politique: elle n’est pas juive…» Il faut cependant préciser, comme le fait le quotidien bruxellois, que ce sont surtout «les partis d’extrême droite et des ultraorthodoxes» qui sont choqués. Nissim Zeev, rabbin député à la Knesset et membre du parti religieux Shass, a par exemple confié au Jérusalem Post, dimanche dernier, que le premier ministre devait «faire preuve d’une responsabilité nationale» et tout bonnement, autoritairement, mettre fin à cette relation. Car «il n’y a pas de pénurie de belles filles qui réussissent» en Israël, «il n’y a pas besoin d’aller voir ailleurs».

L’organisation d’extrême droite nationaliste et religieuse Lehava, qui présente la particularité de gérer une hotline pour prévenir les mariages mixtes et se positionne «contre l’assimilation», selon le site Israelnationalnews, a même ajouté, sans craindre l’hypertrophie lexicale: «Le fils de Bibi a trouvé une goy! Son père est fier de lui et donne une légitimité à l’assimilation et à la destruction du peuple juif», prétextant que les petits-enfants à venir – on va vite en besogne – ne seraient pas juifs, cette religion se transmettant, comme on le sait, par la mère.

«Complice de génocide!»

Du reste, Benyamin Netanyahou, pas fou, se refuse à tout commentaire. Sachant qu’il a lui-même été marié avec une Anglaise non-juive, Fleur Cates, entre 1981 et 1984, avant d’épouser Sara Ben-Artzi, une psychologue rencontrée lors d’un vol d’El Al avec qui il a eu deux fils, le fameux Yair et Avner. Il aurait tout de même dit à une chaîne de TV américaine que son fils et Sandra étaient seulement de bons amis, rapporte Haaretz.

Quoi qu’il en soit, «embrasser une goy, c’est être complice de génocide!» commente avec son outrance habituelle le site Boulevard Voltaire, qui a sauté sur l’occasion: «Et pourquoi pas inculper Yair Netanyahou d’apologie de crime contre l’humanité? […] Si, comme le revendiquent les ultras, le judaïsme n’est pas une religion mais un héritage biologique qui se vérifie dans l’ADN mitochondrial, alors c’est bel et bien le summum du racisme. Une maladie propre à réveiller chez certains goys tous les délires sur la «race élue.»

L’axe Oslo-Tel-Aviv à Davos

Ces amours qualifiées de «pas casher» font bien rigoler Libération: «Netanyahou croyait, pour une fois, faire preuve de diplomatie» en discutant avec son homologue norvégienne, Erna Solberg, au Forum de Davos, du «rapprochement» entre leurs deux peuples. «Il ne parlait pas d’échanges économiques ou politiques, mais sentimentaux.» En souriant, faut-il le préciser! Et le quotidien français de relativiser le problème en disant que «la coalition au pouvoir ne va pas s’effondrer malgré les cris d’horreur des ultras».

Reste que Netanyahou père n’est tout de même pas «à la fête», pour la RTBF, «même si, entre-temps, on a appris que Sandra appartenait à une famille évangéliste très pro-israélienne et que sa sœur, Ida, s’était convertie au judaïsme». Et au milieu de tout ça, il y a ceux qui ironisent: «Encore une preuve que les Ashkénazes (les juifs venus d’Europe centrale) préfèrent les blondes.» Et Closer, alors, qui n’a plus grand-chose à se mettre sous la dent depuis la «régularisation» du précédent dossier, de commenter, simplement: «Aimer, c’est ce qu’il y a de plus beau.. à condition qu’on soit de la même religion!»

Se marier à Chypre…

Demeure «néanmoins un vrai problème technique si Netanyahou junior souhaite un jour épouser sa girl-friend» car il n’existe «pas de mariage civil en Israël – un pays pourtant fondé par une gauche laïque. Les partis religieux bloquent toute évolution du statut du mariage.» Ainsi, les couples mixtes, athées ou agnostiques «doivent aller se marier à Chypre. Ou bien se convertir au judaïsme, processus long et complexe, la religion juive n’encourageant pas le prosélytisme.»

A ce propos, le site Cath.ch rapporte que «le vice-président de l’Organisation sioniste mondiale, David Breakstone, un juif américain qui a émigré en Israël, souhaite ardemment que la jeune fille se convertisse au judaïsme au cas où elle continuerait de fréquenter Yair. Il souhaite même que la loi de conversion soit assouplie afin que Sandra Leikanger puisse devenir juive.»

«Proches de la haine»

En Israël, «l’union mixte est souvent un sujet de polémique», rappelle pour sa part le site Alyaexpress-News, «car la frontière entre assimilation et racisme est très proche». Pour certains, les actions de l’association Lehava citée plus haut «sont proches de la haine» lorsqu’elles prônent la conservation «de l’identité du peuple juif», surtout au sein des dirigeants.

Sur Facebook, son PDG s’est adressé en ces termes au premier ministre: «Les actions et implications de votre fils sont graves à la fois pour votre famille ainsi que vis-à-vis de la nation. […] Quel exemple devrait donner le fils du premier ministre de l’Etat juif qui a investi des millions dans la prévention de l’assimilation à l’étranger, lorsque l’assimilation se produit dans sa propre maison? Votre père doit se retourner sans sa tombe.»

Lehava, ajoute L’Express, «avait déjà publiquement demandé au mannequin israélien Bar Refaeli de mettre un terme à sa relation avec l’acteur américain Leonardo DiCaprio», comme le raconte Première, «et s’était opposée au mariage du créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, avec sa compagne, Priscilla Chan», lit-on encore sur Israelnationalnews.

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