La vie à 30 ans

Freysinger, Lyon, Garnier, le temps de l’hallali

OPINION. Trois conseillers d’Etat romands ont été évincés des affaires ces derniers mois. Le signe d’une époque pressée, hargneuse, dénonciatrice, hypocritement morale, sans cesse dans l’invective et dans la volonté de trouver des coupables pour tout

Ce sont les hasards du métier d’échotière. En quelques mois, j’ai vu s’en aller trois ministres cantonaux, toujours contre leur gré et pour des raisons très différentes. J’ai vu la Vaudoise Anne-Catherine Lyon se faire rejeter par ses camarades de parti dans une dynamique violente que l’on nommait «la chasse au Lyon». J’étais en Valais le jour où Oskar Freysinger, non réélu à sa grande surprise, se terrait dans son chalet de Savièse. Dans les stamms politiques le long de la rue de Conthey, on célébrait sa défaite en chantant. Il y a quelques jours, enfin, j’ai regardé couler les larmes de la Fribourgeoise Marie Garnier, contrainte de démissionner face à une pression devenue insupportable.

Une cruauté implacable

Trois personnes, trois partis, trois cantons. Trois histoires qui n’ont, semble-t-il, rien à voir, sauf les coups de la vie politique, implacable de cruauté. Tout cela est donc normal, mais pourtant, ce ne devrait pas l’être. En Suisse, les institutions tournant paraît-il à la façon des horloges pourraient éviter que des politiciens, des conseillers d’Etat, se retrouvent ainsi pris à la gorge. Il y a une excitation cependant, juste avant, comme à la chasse, comme en meute, lorsqu’on sait que le spectacle va être difficile ou malsain à regarder, et qu’on le regarde tout de même, fasciné par le goût du sang. Les statues qui s’effondrent, les piédestaux brisés, les commandeurs en déroute, les roches sur lesquelles on s’écrase en tombant du Capitole, tout est aussi classique que médiatique.

Cela devait arriver…

Mais l’addition et la proximité de ces trois aventures m’ont troublée. Je ne suis pas toujours à l’aise quand les gens sont à terre, quelles que soient les raisons, méritées, qui les y ont jetés. Dans ce moment d’acharnement, même sans éprouver de sympathie politique ou personnelle, j’ai du mal à donner des coups de pied en plus. Comme s’il fallait toujours se prouver qu’il est arrivé ce qui devait arriver, que la ou le ministre a commis assez de maladresses ou de fautes pour justifier sa fin et son échec.

Ce temps de l’hallali est-il en train de devenir un signe de l’époque? Pressée, hargneuse, dénonciatrice, hypocritement morale, sans cesse dans l’invective et dans la volonté de trouver des coupables pour tout. Je pense que l’on devrait y songer, parce que je ne crois pas qu’un monde où l’on n’a plus droit à l’erreur soit plus juste. C’est seulement moins humain, froid comme la lame qui tranche et l’hiver qui vient.


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