L’Africanum à Fribourg, c’est d’abord la maison mère des Pères blancs suisses, qui ont œuvré pendant plus de cent ans en Afrique. Aujourd’hui, ils sont âgés pour la plupart. Hormis leurs services aux paroisses, ils ont ouvert la maison aux réfugiés qui viennent le mardi matin pour différentes activités et le mercredi pour manger un excellent repas avec les aliments «périmés» de Manor. Il y a tant de nourriture que celle-ci suffit encore pour toute la semaine à plusieurs familles qui les emportent chez eux…

La ville de Fribourg et les organisations caritatives ont trouvé des toits pour tout le monde. Le 16 septembre, ils étaient bien là une cinquantaine, parmi lesquels de Erythréens, Syriens, Somaliens, Afghans, venus pour certains avec femmes et enfants. Ils sont soutenus par une équipe de bénévoles pour les leçons de français, la garderie pour les enfants, les activités artistiques, l’aide pour remplir les formulaires administratifs. Trois étudiantes en psychologie viennent discuter avec eux chaque mercredi, deux cuisiniers font des miracles avec la nourriture donnée le jour précédent, des religieuses servent les repas, une infirmière soigne les petits et grands bobos et un ancien missionnaire converse avec eux en arabe…

Vraiment, une grande famille chaleureuse, des sourires partout qui contrastent tant avec les visages fermés des Hongrois! Le Père Claude Maillard dirige tout cela avec compétence, lui qui a vécu plus de 20 ans en Afrique. Il accompagne même les réfugiés qui doivent se présenter à la police car les interrogatoires ne sont pas tendres. Et pourtant, la majorité de ces jeunes ont une bonne éducation, un métier même, parlent plutôt l’anglais. Un journaliste afghan de Kaboul, Mustafazada, se donne beaucoup de peine pour me parler en français. Le périple qui l’a mené en Suisse serait digne d’un livre: l’Iran où il installe son père en sécurité, sa mère étant décédée, puis la Turquie, la traversée en bateau, la Grèce, la marche à pied jusqu’ici, la faim. Pourquoi ne deviendrait-il pas journaliste ici? Il aurait beaucoup à nous apprendre.

Chez chacun, il y a non seulement la reconnaissance émue d’être accueilli dignement, mais aussi la volonté de tout faire pour s’intégrer, avec au fond d’eux-mêmes, quand même le désir de retourner chez eux un jour. «Même pauvres, ils économisent leur petit pécule pour envoyer cent dollars par mois à leur famille restée sur place», explique le religieux, qui poursuit: «Nos confrères nous disent la même chose en Allemagne, en Italie, en France. C’est une véritable aide au développement pour les pays dévastés.» Leurs enfants ont tous pu jouir d’un «passeport vacances», ils ont découvert, émerveillés, un musée d’histoire naturelle… Une grande tenture dans la salle à manger a été dessinée par plusieurs réfugiés qui illustre bien ce qu’ils vivaient chez eux. Un petit chef-d’œuvre.

«Ce que nous devons faire, nous Suisses, et nous le pouvons, c’est de les aider à reprendre confiance en eux, reconnaître leur dignité et leurs compétences, c’est pourquoi nous appelons notre association Point d’ancrage», ajoute une bénévole. Même les autorités communales sont venues dire bonjour. L’Africanum, un petit coin de paradis où on peut rêver à la paix.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.