Éditorial

La frilosité climatique de la Suisse

ÉDITORIAL. La Confédération a refusé la proposition du canton de Genève d’accueillir la COP26, la conférence de l’ONU sur le climat de 2020. Elle avance des difficultés qu’elle juge insurmontables

Il est toujours facile de trouver des arguments pour justifier l’inaction, se focaliser sur les obstacles, les impossibilités. En refusant de tenter de décrocher l’organisation de la grande conférence de l’ONU sur le climat de 2020 à Genève, la Confédération en donne un exemple parlant. Accueillir 20 000 délégués pendant trois semaines et assurer leur sécurité reste une gageure. Les difficultés pour organiser un tel sommet sont réelles. Mais peut-on décemment réduire les enjeux d’un tel événement à des questions de logistique?

Aujourd’hui, il est presque trop tard pour monter un dossier de candidature. Mais il était encore temps de se mobiliser quand la ministre Doris Leuthard a reçu la proposition du conseiller d’Etat Pierre Maudet à la mi-août de cette année. Signe d’une frilosité assumée, la question n’a pas fait l’objet d’un débat au Conseil fédéral. Berne se réfugie derrière l’argument selon lequel l’Italie, la Turquie et le Royaume-Uni sont déjà sur les rangs. Vendredi, le gouvernement wallon n’avait pas ces scrupules en proposant à la Belgique de profiter de la non-candidature suisse pour tenter d’accueillir le sommet climatique.

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La COP26 aurait pourtant été une chance unique de profiler à un moment crucial la Genève internationale comme le lieu où s’articulent les stratégies pour combattre le changement climatique et ses effets. Hub de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable de l’ONU, la ville du bout du Léman abrite des organisations globales qui y réfléchissent quotidiennement de façon transversale, que ce soit l’Organisation météorologique mondiale et le secrétariat du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), l’Organisation internationale pour les migrations ou le Haut-Commissariat pour les réfugiés, voire l’Organisation mondiale de la santé. C’est par ailleurs à la COP26 que les Etats-Unis, qui auront à peine élu ou réélu leur président, devront formellement confirmer leur retrait de l’Accord de Paris sur le climat. La visibilité du sommet sera maximale. Il n’était pourtant pas question d’organiser des Jeux olympiques, mais de promouvoir le multilatéralisme climatique dont Genève et la Suisse disent vouloir être les hérauts.

La Confédération manque de saisir le Zeitgeist. Le climat est le thème le plus anxiogène de notre époque. Celles et ceux que le changement climatique angoisse se multiplient au même rythme que les marches pour dénoncer la folie autodestructrice de la planète, comme le 8 décembre à Berne et à Genève.

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