Editorial

Au Front national, l’impossible refondation

Le parti d’extrême droite français affirme être prêt à changer de nom et de posture sur la monnaie unique. Tout, de ses gènes politiques à son électorat en passant par ses dirigeants, contredit pourtant cette volonté affichée de renouvellement

Croire que le Front national est, en France, condamné à jouer les seconds rôles serait une grave erreur. Même s’il a remporté de haute main la présidentielle, puis permis à son nouveau parti de conquérir une majorité absolue de députés, Emmanuel Macron reste le président d’un pays fracturé, capable de dangereuses embardées politiques. L’abstention massive, mais aussi le record historique de voix empochées le 7 mai par Marine Le Pen – plus de 10 millions – ont démontré que le FN n’est plus du tout le parti contestataire et minoritaire d’antan. Une part importante de la population, surtout dans les régions en proie à de graves difficultés économiques couplées à une immigration massive, juge aujourd’hui crédibles ses remèdes caricaturaux.

Cette réalité, masquée par le scrutin majoritaire aux législatives et le faible nombre de députés frontistes (huit, contre deux dans la précédente législature), est en arrière-plan du séminaire à huis clos que le Front national a entamé vendredi, évoquant comme pistes de travail un possible changement de nom et une réorientation de son discours anti-euro. En clair: le FN affirme, en ouvrant ce chantier, qu’il peut changer et se transformer en un grand parti de droite dure mais pragmatique. Un virage habile, alors que l’unité du camp conservateur a explosé sous les coups de boutoir du «Fillongate» et des ralliements de plusieurs de ses ténors à Emmanuel Macron. Mieux: un chantier opportun pour, d’ici aux municipales et aux européennes de 2019, faire oublier le naufrage de sa présidente lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours, et camoufler ses propres divisions.

Peut-on, dès lors, croire à cette fable d’une refondation frontiste? La réponse est non. Vu ses origines idéologiques, sa rhétorique xénophobe, la mainmise du clan Le Pen sur le parti, son hostilité viscérale à l’UE, ses errements sur la monnaie unique et son besoin de boucs émissaires, le FN demeurera, à l’issue de ce séminaire et des suivants, un danger pour la démocratie, incompatible avec le redressement d’une économie française ouverte et compétitive. D’où l’importance, durant ce quinquennat qui démarre, de ne pas le laisser prospérer sur le terrain des inégalités et du sentiment d’abandon des territoires. Et de bien différencier la droite libérale conservatrice française de l’extrême droite souverainiste, étatiste et toujours infectée par le révisionnisme.

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