L'éclatante victoire de Fulvio Pelli dans la course à la présidence de son parti préfigure-t-elle pour les radicaux la fin de l'érosion, l'heure de la reconquête? Les paris sont ouverts. En revanche, c'est une certitude, l'élection du Tessinois consacre le retour du politique à la tête du Grand Vieux Parti, la fin des errances stratégiques et du Canada Dry programmatique.

Blessés par des déconvenues en cascade, les délégués radicaux se sont rebiffés. Rejetant la soi-disant nécessité impérieuse d'un candidat germanophone au profil carré et aux idées fast-food, soutenue par des sections en mal d'identité et de résultats, ils ont choisi un plurilingue libre d'esprit, miroir de la complexité des temps, mais aussi un gagneur pétri de l'histoire radicale et bien décidé à en réinventer la modernité.

Fulvio Pelli n'est pas une personnalité simple. Les contours de ses idées, les soubresauts de ses ambitions personnelles, les méandres de ses alliances tiennent parfois de l'insaisissable. Au cours de la campagne présidentielle radicale, il a d'abord joué le sauveur récalcitrant. Piégé par l'aile nord-est de son parti, qui lui a mis Georges Theiler dans les pattes, il a fini par s'engager résolument dans la bataille, et construire habilement son succès. Les récentes défaites cantonales de Soleure et d'Argovie, et la débâcle stratégique de Zurich l'ont servi autant que la vacuité du discours de son adversaire.

Même si, pour la forme, il s'affirme en héritier de la courte ère Schweiger, l'avocat luganais veut changer le PRD, lui insuffler un élan nouveau, pour qu'il regagne la préséance au centre droit. Il lui reste à tenir – son parti et ses promesses. Elargir le débat interne, oser des idées avant-gardistes. Se profiler malgré la nécessité des alliances. Résister aux premiers échecs. Vaste programme, mais Fulvio Pelli l'affronte avec un atout cardinal: la substance. L'UDC et le PS savent pourquoi ils auraient voté Theiler.

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