Il paraît que c’est à la mode, en ce moment, de vouloir acheter des armes de guerre à nos policiers. Les cantons de Berne et d’Argovie en sont déjà équipés. Genève n’est pas en reste. Il paraît qu’il faut pouvoir riposter aux nouvelles menaces avec les mêmes moyens. Il paraît encore que ce n’est qu’à ce prix-là que nous assurerons notre sécurité.

Vraiment? Permettez-moi de douter de cette logique qui tient davantage du vœu pieux que d’une réelle solution pour endiguer le flot de violence qui semble submerger l’Europe ces derniers mois. Comment peut-on prétendre protéger les citoyennes et les citoyens de menaces terroristes que nos politiques contribuent elles-mêmes à exacerber? Car, ne soyons pas dupes, les causes du terrorisme sont avant tout sociales, culturelles et économiques.

Les principaux moteurs du terrorisme

En ignorant cela, on ignore les raisons pour lesquels des communautés entières sont marginalisées et ostracisées. On ferme les yeux sur les principaux moteurs du terrorisme: l’exclusion et la pauvreté. On se déresponsabilise. On rejette la faute sur l’Autre. Nous sombrons dans la xénophobie et l’ignorance.

Depuis maintenant deux ans, la politique de sécurité menée par la Confédération et les cantons s’articule sur deux axes principaux: la limitation des libertés individuelles et la militarisation du quotidien. D’un côté, les prérogatives des services de renseignements de la Confédération ont été étendues – à quand un nouveau scandale des fiches 2.0? D’un autre côté, les autorités cantonales militarisent de plus en plus leurs polices en les dotant, notamment, de fusils d’assaut.

Surenchère sécuritaire

Cela contribue à créer une illusion de sécurité accrue. Mais à quel prix? Nos responsables politiques ne se rendent-ils pas compte qu’ils participent ainsi à l’augmentation de la spirale de la violence? Sommes-nous prêts à en assumer les conséquences?

Soyons honnêtes. La tendance actuelle est à la surenchère sécuritaire. On se barricade. On s’enferme dans notre tour d’ivoire. On criminalise les étrangers et les réfugiés. On les refoule aux frontières. On les renvoie. On devient sourd aux appels à l’aide. L’Autre est perçu comme un ennemi. Notre société tout entière se déshumanise.

Etat de guerre permanent

C’est un véritable glissement vers un état de guerre permanent auquel nous assistons impuissants, hébétés, dupés par nos dirigeants qui se gargarisent de mesures d’exception, mais continuent à vendre des armes à des pays en guerre. La Suisse est partie prenante de cette course à l’armement, ne l’oublions pas.

Lorsqu’il s’agit de faire face à la menace terroriste, il faut également en traiter les causes profondes. C’est la misère et l’exclusion qu’il faut combattre en premier lieu. Or il est plus facile de suréquiper nos policiers et de faire appel à l’armée pour des taches de sécurité intérieure que de mettre en place de réelles politiques sociales de redistribution des richesses.

Société autoritaire

La violence terroriste telle qu’on nous la dépeint n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Des fusils d’assaut pour la police ne changeront pas ce fait. N’en déplaise à certains, le rôle de la police n’est pas de sombrer dans la guérilla urbaine et dans la politique de la peur qui en découle. Le rôle de la police est de protéger la population en étant à son écoute, en étant proche d’elle.

Cette approche compréhensive n’est pas compatible avec la politique sécuritaire que nous connaissons actuellement. Il ne s’agit donc pas uniquement ici de renouveler ou renforcer l’arsenal de la police. Il s’agit avant tout de déterminer dans quel type de société nous voulons vivre. Une société autoritaire et excluante ou une société respectueuse des droits humains et ouverte sur le monde. C’est à ce niveau-là que se situe le débat.


Amanda Gavilanes, secrétaire GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée).

Lire l’avis contraire de Pierre Maudet: «Des fusils d’assaut pour les policiers? Oui, donnons-leur les moyens d’agir!».

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