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Le futur pour comprendre le présent

Le succès de la science-fiction s’explique par la manière dont elle a souvent été utilisée, sous prétexte d’inventer des mondes lointains, pour parler de la civilisation humaine

«Genre littéraire et cinématographique qui invente des mondes, des sociétés et des êtres situés dans des espaces-temps fictifs (souvent futurs), impliquant des sciences, des technologies et des situations radicalement différentes.» Voilà pour la définition que donne le Larousse de la science-fiction. Jadis considérée comme un sous-genre mineur destiné comme la bande dessinée aux grands gamins, la SF, comme on l’appelle communément, est aujourd’hui un genre majeur des cultures populaires, comme le prouve la grande exposition que lui consacre, sous la houlette du Romand Patrick Gyger, le Barbican Centre de Londres.

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Imaginer des mondes lointains, dans la nature de l’homme

Depuis sa théorisation dans les années 1920, après que Jules Verne en littérature puis Georges Méliès au cinéma en eurent été les pères fondateurs, la SF inspire les créateurs. Mais pourquoi tant d’enthousiasme à imaginer l’ailleurs, à fantasmer des mondes lointains? Parce que c’est dans la nature de l’homme, pourrait-on dire, que de rêver à la découverte de terres inconnues. Et dès le début du XXe siècle, à une époque où la terre semblait avoir livré tous ses mystères, quoi de mieux que d’imaginer des mondes lointains, des planètes peuplées de créatures primitives ou au contraire plus avancées encore que la civilisation humaine.

Contourner la censure

On pourrait citer ceux qui ont fait avancer la SF – de Ray Bradbury à Philip K. Dick en passant par Isaac Asimov, de Stanley Kubrick à George Lucas en passant par Steven Spielberg ou Andreï Tarkovski –, mais la liste serait sans fin. Car là où le western et le péplum, entre autres, ont quasiment disparu des radars après avoir connu des succès retentissants, elle n’a fait que se renforcer au fil des décennies. Tout simplement parce qu’elle est un moyen, sous prétexte d’explorer l’ailleurs, de scruter le monde réel. Dans Metropolis déjà, Fritz Lang parlait en 1927 de l’aliénation des masses ouvrières.

La SF permet toutes les métaphores et toutes les audaces, a souvent permis aux artistes de contourner la censure. La SF comme véhicule de messages politiques et sociétaux, c’est bien connu. Si l’exploration de l’ailleurs et du futur fascine tant, c’est parce qu’elle nous permet de comprendre l’ici et le maintenant.


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