éditorial

Le futur parlement fédéral devra assurer un avenir à nos retraites

ÉDITORIAL. Les rentes vont continuer de baisser pour n’atteindre que le tiers du dernier salaire. La nécessaire réforme de l’AVS permettra de savoir si le futur parlement saura travailler au-delà des clivages partisans

Le système de prévoyance vieillesse en Suisse a été conçu pour maintenir un niveau de vie élevé, une fois l’âge de la retraite atteint. Il a tenu debout depuis les années 1940 grâce à la solidarité entre les générations. Cette architecture est en train de se fissurer.

Une nouvelle étude publiée par Credit Suisse mercredi met en avant des chiffres qui ne rassureront pas celles et ceux qui sont censés jouir d’une retraite méritée dans les vingt ans à venir. Dès 2025, selon ce document, les rentes AVS et 2e pilier correspondront à 45% du dernier salaire contre 57% en 2010. Pour les revenus plus élevés, ce rapport tombera de 51% à 37%.

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Ces projections font craindre que l’on se dirige à grande vitesse vers une situation où les Suisses miseront tout sur l’épargne individuelle. Ce serait la fin de la solidarité inventée avec l’AVS. Ceux qui en souffriront le plus ne sont pas ceux qui pourront se construire un 3e pilier durant leur vie active.

L’affaire est politiquement délicate. Les élus connaissent le degré d’urgence des réformes à mener mais aucune des actions entreprises ces dernières années n’a été efficace. Un cercle vicieux s’est installé: plus le politique intervient, moins le système est réformé et donc plus la situation empire, plus les autorités sont appelées à agir, etc.

Le parlement que les Suisses éliront en octobre et en novembre prochains devra débattre en 2020 de la réforme AVS 21. Celle du 2e pilier suivra. Le Conseil fédéral n’a rien décidé sur ce second volet depuis le refus dans les urnes de la Prévoyance vieillesse 2020, en 2017.

Il n’y a, dans la configuration parlementaire actuelle, pas de majorité pour un relèvement de l’âge de la retraite. Le comportement des entreprises avec les plus de 55 ans, qui servent trop souvent de variable d’ajustement, n’est pas étranger à ce blocage. Il semble pourtant nécessaire d’introduire de la flexibilité qui permettrait de récompenser ceux qui peuvent travailler au-delà de 65 ans.

L’appel à l’égalité scandé dans les rues suisses par les femmes ce printemps aura aussi des effets. L’occasion de négocier une augmentation des rentes contre un âge de départ qui corresponde à celui des hommes.

La réinvention du système de prévoyance sera le premier test pour le futur parlement. On saura alors s’il est capable de travailler au-delà des clivages partisans.

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