«Le sommet du G20 à Londres n’est pas un exercice pour désigner les coupables de la crise financière et économique. Il est une occasion pour faire le suivi du sommet de Washington et voir si de nouvelles mesures sont nécessaires pour relancer l’économie mondiale. A nos yeux, les priorités vont à l’établissement d’un mécanisme de supervision des marchés financiers. L’autorégulation n’est pas suffisante face à la large palette de produits dérivés.

La mise en place d’un système d’alerte rapide est nécessaire pour prévenir et d’éviter de nouvelles crises. Tout le monde reconnaît la nécessité de solutions systémiques. Sinon, le danger est qu’après une année ou deux, lorsque les plans de relance économique auront remis l’économie mondiale sur les rails, nous oubliions les raisons structurelles de la crise. Une coordination internationale est nécessaire pour obtenir des résultats optimaux.

Nous craignons que des pays prennent la crise comme prétexte pour instaurer des mesures protectionnistes. Nous devons être extrêmement vigilants. Certaines mesures sont déjà là, le plus notable étant la clause «Acheter américain» dans le programme de relance aux Etats-Unis. Nous sommes inquiets des larges subventions versées à l’industrie automobile dans de nombreux pays alors que les entreprises indiennes ne bénéficient d’aucune aide gouvernementale. L’Inde s’oppose à des mesures qui interdisent les délocalisations tout comme aux restrictions de permis de travail au personnel qualifié. La multiplication de mesures protectionnistes ne peut que ralentir la reprise.

Il n’y a pas de doute que la magie du libre-échange est du passé. On nous avait dit que le marché réduirait les inégalités dans le monde. Un leurre. Le G20 doit proposer de nouveaux instruments qui assurent la croissance mondiale. Nous constatons que les pays industrialisés songent à imposer des normes sociales et environnementales dans les échanges internationaux. A nos yeux, il s’agit de nouvelles barrières à nos exportations. Nous les combattrons.

L’Inde souhaite la conclusion du Cycle de Doha qui est prometteur de prospérité dans le monde. Un accord final doit respecter les droits des producteurs de coton en Afrique, protéger les petits agriculteurs en Inde et dans le monde. Il doit être équitable, transparent et prévoir une période d’adaptation pour les pays en développement. N’oublions pas qu’une conclusion de Doha est primordiale, mais elle ne constitue qu’une partie des réponses à la crise.

Le G20 doit initier des réformes en profondeur de l’architecture financière internationale. Il est indispensable que les voix de tous les pays soient écoutées au sein des institutions financières comme le Fonds monétaire international. Des promesses ont été faites dans cette direction dans le passé, mais elles sont restées lettre morte.

Nous verrons à Londres comment les pays industrialisés du G8 s’entendent avec les pays émergents. Il est extrêmement important qu’il y ait une meilleure compréhension et une coordination entre les principales économies. Nous sommes aussi attentifs aux relations qui se développeront entre les Etats-Unis, le pays qui a accumulé le plus grand déficit budgétaire, et la Chine qui détient la plus grande réserve financière au monde. La consultation et le dialogue entre les deux sont importants.

Au départ, il y avait en Inde une impression, y compris dans les cercles gouvernementaux, que notre pays était relativement découplé de l’économie mondiale et que nous allions échapper à la crise. C’est entièrement faux, mais heureusement, nous l’avons réalisé assez rapidement.

Nos exportations ont dégringolé brutalement. Les investissements étrangers institutionnels et privés ont ralenti. Le transfert d’argent par les migrants indiens a chuté, plus particulièrement en provenance des pays du Golfe où il y a une forte main-d’œuvre indienne. Le chômage dans les industries du textile et du diamant a explosé.

Le gouvernement indien a pris une série de mesures pour faire face à l’adversité. Un plan de relance a été mis en place pour construire des infrastructures et pour soutenir les exportations. La Banque centrale indienne a assoupli ses conditions de prêts, notamment aux PME. Nous visons à dynamiser le marché intérieur.

La chance de l’Inde est que l’inflation a été maîtrisée et que le secteur financier indien n’a pas été trop touché par la crise. Nous espérons atteindre un taux de croissance de 6,5 à 7% en 2009, ce qui est inférieur à celui de la Chine, mais supérieur a beaucoup d’autres pays.»

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