Le sommet du G20, qui se tiendra le 2 avril prochain à Londres progresse peu et lentement. Mais c’est un fait: les grands pays se parlent et surtout évoquent les nouveaux sujets qui méritent une coordination mondiale. Samedi, les ministres des Finances sont parvenus à taire leurs divergences, ou du moins ils ont fait en sorte que les principaux objectifs de coopération soient maintenus à l’agenda.

C’est un progrès. Il s’explique par le fait qu’aucun des grands acteurs du G20 ne peut prendre le risque d’un échec complet. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont trop affaiblis pour jouer une carte solitaire. La Chine a certes osé demander des garanties sur la dette américaine, ce qui était impensable il y a une année encore. Mais elle tient en laisse sa témérité. Car Pékin sait que sa prospérité dépend aussi du retour des grands équilibres dans les pays développés et… d’une bonne entente commerciale. L’Europe, elle, n’a pas obtenu un accord formel sur une nouvelle réglementation des marchés financiers mais elle a fait sauter le verrou: le sujet n’est plus un tabou absolu. Enfin, le FMI et la Banque mondiale ont reçu la promesse de nouvelles dotations budgétaires pour venir en aide aux pays les plus fragiles.

Sans doute le G20 ne sera pas comparable dans l’histoire aux accords de Bretton Woods, mais il marque le tout début d’un processus de négociations multilatérales qui échouaient jusqu’ici en raison de l’asymétrie des puissances.

Pour la Suisse, qui a été contrainte à l’abdication sur l’évasion fiscale, cela signifie qu’elle va devoir se battre pour entrer dans les groupes d’experts du G20. Ce pays qui a un génie tout particulier à négocier sur le plan bilatéral se retrouve seul et comme hébété sur la scène multilatérale où les alliances sont dictées par les blocs. L’accélération des événements auxquels nous assistons ouvre une nouvelle dimension à nos relations avec le monde. Et, à l’évidence, nos rapports avec l’Union européenne pourraient bien s’en trouver profondément modifiés, ne serait-ce qu’au plan des symboles sacrés. La voie bilatérale, avec un secret bancaire relatif, vient peut-être de subir, elle aussi, une mise à jour si nouvelle que sa portée mérite le type d’examen auquel on ne songeait plus, convaincus que l’histoire ne s’écrivait plus que dans un seul sens et une unique dimension.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.