«L’Air Force One alle 2.30 è atterrato a Roma Fiumicino», annoncent les médias italiens. C'est que Joe Biden est arrivé dans la nuit dans la capitale transalpine, juste avant le sommet du G20. Ce, après avoir promis un plan «historique» pour l'économie américaine, engageant des milliers de milliards de dépenses dans les infrastructures, la transition énergétique et les prestations sociales, un projet qui attend encore le feu vert des parlementaires, sur fond de dissensions dans le camp démocrate. Le président américain, avec une cote de confiance qui s'enfonce, voudrait – au G20 de Rome, puis à la COP26 de Glasgow – prendre un peu de hauteur, lui qui se voit en porte-parole des démocraties face aux régimes autoritaires, Chine en tête.

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Ce, d'autant qu'il y aura des absents de marque à Rome, qui ne devraient donc pas lui faire de l'ombre: Vladimir Poutine, mais surtout Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine, qui «n’est plus sorti du pays depuis janvier 2020». Tous deux devraient tout de même bénéficier d'un «video link», selon Reuters. Xi «ne se rendra pas non plus à la COP26, ni même au sommet Chine-Afrique, au Sénégal» dit Le Monde. «Et tout laisse à penser qu’il n’envisage pas» de s'absenter de Pékin «avant la fin des Jeux olympiques d’hiver, le 20 février 2022. Deux ans d’absence physique sur la scène internationale, du jamais vu pour un leader du G20.»

Alors, quelle ambiance est-elle à prévoir dès ce vendredi en périphérie de Rome? Très sécurisée, d'abord. Le Télégramme de Morlaix précise que, «craignant une vague de violences dans un contexte social dégradé par la pandémie, le gouvernement italien a décidé de blinder la capitale», avec un dispositif «renforcé à l’extrême en amont», soit «plus de 6000 policiers et militaires [...] déployés sur le terrain».

Mot d'ordre: «Tout sauf un scénario à la génoise. Hanté par le souvenir des brutalités commises par les forces de l’ordre lors du G8 de juillet 2001, durant lequel un jeune Italien était mort et des dizaines de manifestants avaient été torturés, le gouvernement a décidé de cadenasser la capitale. L’objectif n’est pas d’interdire toutes les manifestations, trois ayant été autorisées dans le centre de Rome, mais d’éviter les épisodes de violences.»

Et peut-être alors que Justin Trudeau, cet éternel optimiste, bénéficiera des conditions optimales pour qu'«ensemble, nous en fini[ssi]ons avec la Covid-19, nous nous attaqu[ions] à la crise climatique mondiale et nous bâti[ssi]ons un meilleur avenir pour tous», dit La Presse canadienne.

Alors, qu'attendre de tangible de ce G20?

Souvenons-nous, avec le site Eurotopics.net, du G20 par visioconférence de novembre 2020, où «les dirigeants des vingt premiers pays industrialisés et émergents [s'étaient] prononcés en faveur d'une collaboration approfondie dans la lutte contre la crise du coronavirus et, exception faite du président des Etats-Unis [d'alors], Donald Trump, de conjuguer leurs efforts pour protéger le climat.» Mais il faut bien avouer une chose: les observateurs avaient cherché «en vain des engagements concrets en vue de maîtriser ces défis». Depuis, au climat, à la lutte contre le covid et à la relance économique s'en est ajouté un autre, de grand défi: 

Dans un pas de côté, le magazine GEO voit une métaphore intéressante, dans les apparences bien plus que sur le fond: «Les chefs d'Etat et de gouvernement du G20 vont se réunir samedi et dimanche dans le quartier romain de l'Eur, né de toutes pièces par la volonté de Mussolini qui voulait y accueillir l'Exposition universelle de 1942. Destinée à fêter les 20 ans de la Marche sur Rome de 1922, qui marqua l'arrivée au pouvoir du fascisme», elle «n'eut jamais lieu à cause de la Seconde Guerre mondiale. [...] L'Eur est typique de l'architecture de l'époque fasciste, avec ses espaces monumentaux rythmés par des perspectives emblématiques de l'architecture rationaliste.»

Dans les bagages: les objectifs climatiques

Quatre-vingts ans plus tard, «la grand-messe annuelle des vingt pays les plus industrialisés de la planète – souvent critiquée pour être un club fermé de puissances économiques dont n’émerge aucune décision concrète – se tient après que le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, avait plaidé début octobre pour «un engagement du G20 sur la nécessité de limiter la hausse des températures à 1,5 degré, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, selon l'Agence France-Presse (AFP). Mais les pays du G20, qui représentent 80% des émissions mondiales, sont extrêmement disparates en termes de développement socio-économique, de mix énergétique et d’ambition climatique»...

... Certains visent la neutralité carbone en 2050, d’autres en 2060...

La capacité de ces pays «à rehausser leurs engagements est en effet essentielle afin de limiter le réchauffement de la planète. Or, nombre d'entre eux, comme la Chine, l'Inde ou l'Australie, n'ont même pas encore mis à jour leurs contribution déterminées au niveau national, alors que l'Accord de Paris les obligeait à le faire avant la COP 26», indique LaTribune.fr. Le Financial Times, de son côté, résume de manière très claire les enjeux de cette rencontre, «in person after two-year gap», alors que le Corriere della sera répond aux questions. de base qui touchent à ce raout parfois honni.

Et pendant ce temps-là, «la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a exhorté [...] le G20 à accélérer la mise en œuvre du «cadre commun» destiné à restructurer la dette des pays les plus pauvres. Au début de la pandémie, les pays riches [...] avaient offert aux pays pauvres un moratoire sur le paiement du service de leur dette jusqu’à la fin de l’année avant de le prolonger jusqu’à la fin 2021. Parallèlement à cette initiative [...], ils avaient créé, en novembre 2020, un «cadre commun» destiné à restructurer voire annuler la dette des pays qui en feraient la demande. Mais pour l’heure, les créanciers privés, en particulier chinois, freinent sa mise en œuvre.»

Pour en revenir aux émissions de gaz à effet de serre des pays du G20, elles vont «croître de 4% cette année après avoir reculé de 6% l'an dernier», selon Climate Transparency. C'est «un mauvais signal», aux yeux des Echos. «Il n'y a cependant pas que des mauvaises nouvelles. Les énergies renouvelables vont continuer à monter en puissance cette année [...]. Elles devraient croître de 12% cette année, soit 2 points de plus que l'an dernier. Ces énergies vertes ont progressé de 20% entre 2015 et 2020, [...] leur part devrait être proche de 30% au sein du G20 cette année. Reste qu'en dehors du Royaume-Uni, aucun pays n'a développé de stratégie pour produire 100% d'électricité d'origine renouvelable d'ici à 2050.»

Olaf Scholz sur la scène

Autre signal, intéressant cette fois-ci et que rapporte l'agence Belga, «Angela Merkel sera accompagnée de son très probable successeur, Olaf Scholz, lors de ses entretiens bilatéraux. [...] Ce format de rencontres, conduites par le chancelier sortant et son remplaçant, est inédit, ont souligné les sources à Berlin. Il accrédite l'hypothèse de l'arrivée prochaine à la tête du pays du dirigeant social-démocrate, dont le parti SPD a remporté les élections législatives du 26 septembre.»

En attendant le début des discussions, ce n'est pas lui qui attire les regards, mais plutôt l'hôte du sommet, ancien patron de la Banque centrale européenne, qui «suscite bien de l'intérêt aux Etats-Unis. Certains commentateurs peignent Mario Draghi [...] en nouvelle star de la scène politique européenne, relève Euronews. Champion du multilatéralisme, [il] ne cache pas vouloir une percée sur le plan des gaz à effet de serre. Il espère que les dirigeants mondiaux fixeront une échéance commune pour atteindre le zéro émissions avant même la COP26 de Glasgow.» C'est ambitieux.


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