Revue de presse

«Le Gabon est un Etat voyou», clame l’opposition

Après la réélection très contestée du fils d’Omar Bongo à Libreville, les violences cloîtrent la population et l’Assemblée nationale est en feu: la capitale gabonaise vit sous une extrême tension, et le leader de l’opposition, Jean Ping, est directement attaqué par la garde républicaine

Le Gabon sombre dans le chaos. Après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo à l’élection présidentielle, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester. Tous les détails et l’historique de ce que les opposants dénoncent maintenant comme «un coup d’Etat électoral» sont à lire et à voir sur le site de France 24. En fin de journée mercredi, l’Assemblée nationale était en flammes et des incendies étaient visibles ailleurs dans la ville. De quoi mobiliser, en France, Raphaël Glucksmann, le fils d’André:

C’est que la victoire du fils du très corrompu Omar Bongo (1935-2009), qui a régné pendant quarante-deux ans à Libreville, a un «goût amer pour son principal adversaire, Jean Ping, le candidat d’une coalition de l’opposition qui affirme avoir remporté le scrutin au regard des procès-verbaux en sa possession». Mais le verdict étant tombé «comme un couperet» aux yeux de LaTribune.fr, «Ping appelle ses partisans à défendre désormais leur vote par tous les moyens». Ce qui met hors de lui le porte-parole de la présidence:

C’est «le début d’un bras de fer», dénonce Gabon Eco. Le quotidien d’information en ligne dit qu’Ali Bongo Ondimba a été réélu «aux forceps», et «manifestement, les prochains jours s’annoncent mouvementés et le fumet d’un grabuge post-électoral n’est plus loin du pays», dans ce style toujours fleuri des médias africains. «Un bourbier inédit, dont seule la communauté internationale, la France en tête pourra l’extirper»:

«Tout dépendra de la radicalisation ou non de Jean Ping, qui avec ce rendez-vous manqué à 73 ans d’âge, voit là certainement se volatiliser ses ambitions présidentielles. […] C’est désormais reparti pour 7 nouvelles années de crise. Quel gâchis!» Et quelle occasion de donner naissance aux mots-dièse #JeSuisGabon et #RespectezMonVote:

«Taquinant la soixantaine, explique La Croix, Ali Bongo Ondimba s’est targué, tout au long de sa campagne présidentielle, d’incarner une rupture avec la ligne politique de son père. […] «Le changement, c’est moi»: les milliers d’affiches électorales de sa campagne ont décliné ce même message. On y voyait, sur fond bleu, le portrait du président-candidat, accompagné du slogan «Changeons maintenant» et du prénom «Ali» inscrit en caractères immenses, comme pour gommer la référence au nom Bongo dans la mémoire» de 1,8 million d’habitants.

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A vrai dire, pense Le Figaro, il s’est «peu à peu émancipé de l’héritage de son père. […] Après cinquante ans dans l’ombre à attendre son heure, «M. Fils» a commencé à marcher seul» à sa mort, après cet interminable règne, «sans partage, sur le Gabon et ses richesses pétrolières. Ali Bongo, démarche décontractée et épaules carrées, a dû mener une longue bataille pour s’imposer sur la scène politique. «J’ai gagné ma place, elle ne m’est pas tombée comme ça. Au contraire, mon nom était un handicap», déclarait-il au lendemain de son élection à la présidence en 2009. Ses détracteurs, eux, ne voient en lui qu’un héritier, dans une République devenue monarchique.»

En attendant, selon l’envoyé spécial du Monde à Libreville, plusieurs foyers de tension se sont déclarés en ville. Des manifestations ont été dispersées à coups de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes et de jets d’eau. Il y a eu des blessés. Près du rond-point de la Démocratie, des groupes de jeunes ont aussi tenté de barrer les rues. Des hélicoptères patrouillent dans le ciel. Les forces de l’ordre ont aussi repoussé des manifestants criant «Ali doit partir», qui tentaient de s’approcher du siège de la commission électorale.

Ce jeudi, la capitale gabonaise «reste sous très haute tension: check-points, grands axes coupés sur le front de mer, véhicules blindés aux carrefours, commerces fermés depuis mardi midi, grande majorité des habitants cloîtrés chez eux»… Pendant ce temps, «le président réélu s’est félicité de cette élection «exemplaire», estimant qu’elle s’était passée «dans la paix et la transparence», ce que le monde entier conteste, mais Bruxelles en particulier qui demande des résultats clairs et détaillés pour chacun des bureaux de vote. De même que les Etats-Unis:

«Quasiment vidée de sa population», renchérit Le Point, la ville «vit au rythme des rumeurs et surtout des craintes d’émeutes. […] Dans plusieurs quartiers, de nombreux magasins sont restés fermés. Aucun commerçant ne veut voir sa marchandise emportée par les vandales et les pilleurs qui cassent et volent sans être inquiétés, parfois sous la barbe et le nez des policiers lors des émeutes.»

Dans la nuit de mercredi à jeudi, dit Le Huffington Post, Jean Ping a affirmé à l’AFP que son QG à Libreville avait été pris d’assaut par les forces de sécurité: «Ils ont attaqué vers 1 heure. C’est la garde républicaine. Ils ont bombardé par hélicoptère puis ils ont attaqué au sol. Il y a 19 blessés dont certains très graves», a déclaré Ping par téléphone, précisant qu’il n’était pas sur les lieux. Dans la matinée, ce dernier a annoncé que deux personnes au moins avaient été tuées. «Ce qui devait arriver est arrivé. C’est un Etat voyou et c’est connu», conclut-il provisoirement sur Europe 1:

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