En 2011, la catastrophe de Fukushima a fait – en partie – le résultat des élections fédérales suisses, en propulsant les écologistes. En 2015, la crise migratoire a rendu l’UDC plus forte que jamais. Ainsi résumée, l’échéance politique de dimanche peut donner l’impression que les affaires internationales font une fois de plus recette et donnent le ton dans les urnes. Ce serait aller un peu vite en besogne et ne pas se souvenir que ce rendez-vous n’est au final que la juxtaposition de 26 élections cantonales. Le corps électoral veut élire des représentants capables de prendre en main les conséquences locales des grandes crises du monde.

Du point de vue de l’analyse, il faut constater l’échec des partis à vocation mono-thématique comme les écologistes. Tout le monde est devenu un peu vert et ceux qui le sont exclusivement perdent de leur éclat, qu’ils soient issus du canal historique à gauche ou de la tendance plus récente à connotation libérale. Le PLR, crédité d’une bonne capacité à résoudre la crise avec l’UE, rassure et donne l’impression de pouvoir faire le travail. Le Parti socialiste, lui, a passé un mauvais dimanche comme ses échecs en votations ces derniers mois le laissaient présager. Le principal parti de gauche se cherche et ne parvient pas à fédérer sur les thèmes de société. Reste la force relative de ses représentants pour engranger des voix. Le centre, vu comme peu efficace, recule.

Mais l’analyse doit prendre en compte ce qui se passe dans l’intimité du vote. C’est là que les grandes affaires du monde rejoignent les préoccupations personnelles des votants. Les images de migrants qui affluent vers le Vieux Continent ont beau venir de la gare de Munich ou de Calais, des Suisses craignent de se voir envahir. L’UDC a profité à plein de cette peur, quand bien même le premier parti du pays s’est montré discret sur le sujet ces dernières semaines. Une bonne partie des votants n’ont pas eu besoin qu’on leur sonne la corne pour trouver le chemin vers le parti du repli sur soi.

L’UDC a pris suffisamment d’ascendant pour réclamer dès dimanche un second siège au Conseil fédéral au détriment d’Eveline Widmer-Schlumpf. Reste que personne ne peut prétendre à l’exécutif s’il n’est pas prêt à se conformer au principe de la collégialité. En 2003, Christoph Blocher avait voulu et obtenu ce second portefeuille pour son parti avant d’être violemment rejeté en 2007. Aujourd’hui, rien n’indique qu’un second membre de l’UDC au Conseil fédéral puisse résoudre l’équation complexe d’un parti incapable de gouverner avec les autres formations politiques, à moins d’envoyer à ce poste un de ses représentants sans réelle légitimité à l’interne. Si un UDC peut se battre pour les bilatérales, cruciales pour l’avenir du pays, alors oui, un deuxième siège peut revenir à ce parti. Mais personne à l’UDC ne semble être raisonnable à ce point.

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