L’été risque d’être agité pour la monnaie unique. Après l’accord obtenu à l’arraché les 28 et 29 juin sur une plus grande flexibilité d’intervention des fonds de secours européens, les nuages recommencent à assombrir l’horizon.

L’annonce par les ministres des Finances de la zone euro, dans la nuit de lundi à mardi, d’un versement rapide de 30 milliards pour recapitaliser les banques espagnoles masque en effet, avec peine, les deux brèches encore béantes qui alimentent la défiance des marchés. A savoir le retard pris dans la mise en œuvre du futur Mécanisme européen de stabilité (MES), désormais suspendue à l’avis de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. Et les doutes persistants sur le redressement des pays sous perfusion financière, entre une Grèce assommée par des réformes à la hussarde, un Portugal toujours en panne économique et une population espagnole résolue à combattre dans la rue les mesures d’austérité de 65 milliards d’euros annoncées hier par Mariano Rajoy.

Une telle défiance est évidemment facile. Comme le font sans cesse remarquer avec raison les dirigeants de l’UE, le calendrier politique et démocratique n’a rien à voir avec celui des opérateurs financiers. Mais l’exemple de l’été 2011 doit faire réfléchir. L’an dernier, les à-coups du tandem Sarkozy-Merkel avaient rudement fait tanguer le navire. Jacques Delors, furieux, avait tonné en août dans nos colonnes sur «l’Europe et l’euro au bord du gouffre». Jusqu’au précipice ouvert, à la veille du G20 de Cannes début novembre 2011, par l’annonce d’un référendum surprise par le premier ministre grec d’alors, Georges Papandréou, obligé ensuite d’abandonner ses fonctions.

La leçon de cette précédente tempête de l’été-automne 2011 doit donc être retenue par les grands argentiers des pays dotés de la monnaie unique, qui se retrouveront vers le 20 juillet. Face aux risques de vents mauvais, leurs divergences doivent être tues et les efforts entrepris poursuivis, dans le respect du calendrier annoncé.

Aux juges allemands de clarifier, d’ici à la mi-août, leur position sur le mandat et la capacité d’intervention du MES. A la Commission de présenter sans tarder son projet de supervision bancaire commune incluant la Banque centrale européenne, dont la première version est attendue début septembre. A l’Eurogroupe de répéter, enfin, qu’il ne laissera pas l’Italie seule face à l’explosion de ses taux obligataires, et Mario Monti sans défense face aux manœuvres de Silvio Berlusconi.

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