L’«open bar», c’est terminé. La session parlementaire de septembre qui a cours depuis la semaine dernière ne fait que le confirmer: il faut désormais jouer des coudes pour être servi. La générosité des autorités suisses, totalement inédite dans l’histoire moderne du pays, s’opère de façon plus parcimonieuse.

En mars, avril et mai, dans l’urgence sanitaire et la paralysie économique, des milliards de francs ont été débloqués. Pour les crédits-relais, pour le chômage partiel, pour les indépendants ou pour des secteurs en particulier. A cela, il faut ajouter les dizaines d’initiatives cantonales et communales dont il est aujourd’hui encore difficile d’avoir un aperçu général, tant elles ont été nombreuses et diverses.

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Le Covid-19 a fait voler en éclats l’habituel – pour ne pas dire le dogmatique – non-interventionnisme économique suisse. Mais le naturel revient au galop. La discipline budgétaire fait peu à peu son retour. Sauf qu’il ne s’agit pas de fermer les vannes. Le virus et les difficultés qu’il engendre sont encore bel et bien présents.

L’enjeu, désormais, c’est de faire le tri. De ne pas forcément pencher pour ceux qui crient le plus fort parce qu’ils ont un lobby plus bruyant que les autres. Le tourisme souffre? On l’aide, et c’est justifié. Mais l’industrie aussi rencontre de graves difficultés. Et pour l’instant, malgré les centaines de milliers d’emplois qui en dépendent, elle ne semble pas être écoutée à la hauteur de sa détresse.

C’est un exemple. Et un raccourci. Analyser objectivement chaque secteur, chaque métier, chaque activité, voire chaque entreprise est un travail de titan. Mais maintenant que le degré d’urgence est moins aveuglant qu’au printemps, les décideurs politiques et les mécanismes de contrôle des administrations, qu’elles soient fédérales ou cantonales, devraient être capables de faire la distinction entre une entreprise en difficulté et une société zombie.

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Les sociétés zombies, ce sont ces entités pas rentables, pas compétitives, peu enclines à s’améliorer mais qui existent encore grâce à un endettement presque gratuit qui les maintient artificiellement en vie. Il peut sembler cruel de parler de sélection naturelle, d’envisager de laisser tomber ceux qui ne s’adaptent pas. Mais il s’agit de deniers publics, donc de l’argent de tous les contribuables. Nous sommes en droit d’attendre des arbitrages qui soient davantage pertinents que partisans.