Sécurité

Gare de Lausanne bouclée: le symptôme d’une paranoïa ambiante

Une valise abandonnée dans le hall de la gare a paralysé dimanche le trafic ferroviaire. Une intervention policière d’envergure qui a suscité des réactions tranchées sur les réseaux sociaux

Une gare déserte et de nombreux policiers qui surveillent la zone. Dimanche après-midi, un important dispositif de sécurité a été mis en place à Lausanne. En cause: une valise abandonnée dans le hall de la gare. Le trafic ferroviaire a été paralysé pendant deux heures. Une mesure exceptionnelle pour permettre l’intervention des démineurs. Les experts de la police cantonale vaudoise, accompagnés d’un chien spécialiste en explosifs, ont ouvert le bagage au moyen d’un canon à eau.

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Rapide diffusion sur les réseaux sociaux

Fausse alerte: la valise était remplie «d’effets personnels» inoffensifs. Sur les réseaux sociaux, l’information a circulé à grande vitesse. «Qu’est ce qui se passe à la gare de Lausanne?» s’inquiète le spécialiste des technologies de l’information @stephanekoch sur Twitter. Comme à son habitude, le média russe Sputnik s’est rapidement emparé de l’histoire. Avec ce message alarmiste: «Urgent. La gare centrale de Lausanne évacuée à la suite d’une alerte à la bombe.» Une cinquantaine de personnes ont partagé ce tweet. Mais plusieurs internautes ont reproché au média de jouer sur la peur. «Fausse alerte. Ça va la paranoïa?» s’agace @lynx_pirate. «Certaines personnes adorent dramatiser et transformer cela en alerte à la bombe», ajoute @mabohari.

Ne pas être «trop parano»

Dans le quartier de la gare, aucun mouvement de panique à signaler. La scène a toutefois surpris les passants, bloqués à l’extérieur du bâtiment. Certains ont sagement attendu la fin de l’intervention, quand d’autres ont cherché une autre solution pour se déplacer. Non sans une pointe d’agacement. Une question revient d’ailleurs dans les discussions: le dispositif de sécurité était-il vraiment adapté à la situation? «Dans les trains, c’est tous les jours. Si on appelle la police à chaque fois, plus aucun train ne roule. Il ne faut pas être trop parano quand même», estime un internaute sur la page Facebook de la RTS.

Appliquer le principe de précaution

La police cantonale vaudoise se fonde, elle, sur le principe de précaution. Les propos peu cohérents du propriétaire de la valise ont également confirmé cette position. «Alors nous avons pris les mesures de sécurité qui s’imposaient. D’autant plus par les temps qui courent…», confirme Christian Bourquenoud, répondant presse de la police cantonale vaudoise, au journal 24 heures. «La police s’amuse, les gens payent», assène un internaute sur le site 20min.ch.

C’est le deuxième reproche: combien coûte une telle opération? Contactée par Le Temps, la police cantonale vaudoise n’a pas souhaité communiquer de chiffres. Jean-Christophe Sauterel, également porte-parole des forces de l’ordre, préfère mettre l’accent sur un effet pervers: «Plus on parle de ce genre de situations, plus elles vont se multiplier par un effet de mimétisme. Des plaisantins risquent de faire de fausses alarmes ou, au contraire, on observera une augmentation des signalements.» Mais il rappelle l’importance de communiquer quand des situations exceptionnelles, comme celle de dimanche, se présentent.

«Quel paradoxe!»

Après cette opération d’envergure, les reproches sont nombreux. Des critiques injustifiées, selon un grand nombre d’internautes qui remercient les policiers. «Si la valise avait explosé et fait des victimes, eh bien, ceux qui se plaignent diraient que la police n’a rien fait! Quel paradoxe! On n’est plus dans un monde de Bisounours: même en Suisse, il peut y avoir un attentat», indique une internaute sur le site de 20 minutes. «Moi, ça me rassure de savoir qu’un tel dispositif a été mis en place en quelques dizaines de minutes», confirme un autre lecteur.

Bloqués dans un train, des passagers ont voulu dédramatiser la situation. C’est «l’occasion de profiter du paysage», s’amuse le journaliste Julien de Weck sur Twitter, alors que son train s’apprête à rebrousser chemin. Son périple prendra fin quelques heures après, à son plus grand soulagement: «Oui, le trafic reprend!» Un blocage qui n’a guère plu aux CFF. Il a causé une situation «critique et compliquée pour un dimanche après-midi», a lâché son porte-parole Patrick Walser.

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