Le week-end dernier, le parti socialiste tenait son congrès bisannuel à Thoune. On était en droit d’espérer que la gauche suisse tienne compte des leçons des dernières élections fédérales où elle n’a pas brillé, mais surtout du désarroi des gauches européennes qui ne sont plus au pouvoir qu’en Grèce, en Suède et, partiellement, au Portugal.

Dans les principaux pays de l’Union, elle a cédé le pouvoir. En Grande-Bretagne, les travaillistes sont dans l’opposition depuis 2010. En Espagne, le PSOE s’est finalement rendu à l’évidence et c’est la droite de Mariano Rajoy qui dirige le pays après dix mois de blocage. En Allemagne, le SPD ne représente plus qu’un quart des électeurs allemands, même s’il participe à la coalition du 3e cabinet Merkel depuis 2013.

Un psychodrame irresponsable

En Italie, depuis une semaine, on connaît le sort réservé par le peuple à Matteo Renzi, après moins de deux ans de gouvernement au centre-gauche. En France enfin, depuis que François Hollande a été contraint au forfait par le double désaveu du peuple et de son parti, la gauche se joue un psychodrame irresponsable qui risque fort de l’évincer du deuxième tour des élections présidentielles. Bien plus loin de chez nous, l’échec de Madame Clinton représente aussi le refus d’une gauche qui, quoique très centriste, a semblé encore excessive à la moitié du peuple américain.

C’est «l’échec du social-libéralisme mou» titrait le journal français de gauche Libération. Mais alors, comment expliquer que les partis de la gauche dure ne réussissent pas à percer, eux qui revendiquent pourtant la défense des plus démunis, qui affichent leur opposition à la politique européenne d’austérité et qui combattent les traités économiques internationaux en gestation?

Tout le logiciel de gauche qui ne convainc plus

Si la montée du populisme résulte comme on le dit de la pauvreté de certaines couches de la population et du désarroi qui en résulte, pourquoi les électeurs préfèrent-ils la droite? Ainsi, ce ne serait pas sa version molle mais tout le logiciel de gauche qui ne convaincrait plus.

Dans ce contexte général, quelle impression retirer du dernier congrès du PS à Thoune sinon que les tenants d’une ligne plus moderniste ont perdu? Ils souhaitaient que le papier de position proposé à l’assemblée soit modifié, regrettant son anticapitalisme de combat: «Le document présenté ici ne dit rien des soucis concrets de ceux qui travaillent au jour le jour et auraient besoin d’une réponse concrète», regrettait Claude Janiak, ou «L’économie de marché ne comporte pas que de mauvaises choses», insistait Pascale Bruderer, rejoignant ainsi Daniel Jositsch déplorant une «rhétorique de guerre».

Conquérir la classe moyenne avec des discours qui l’indisposent?

Ils sont dans le juste, car comment les dirigeants socialistes peuvent-ils espérer reconquérir la classe moyenne ou moyenne-inférieure avec des discours qui l’indisposent? Ils vantent l’extension des prérogatives de l’Etat à des gens qui plient déjà sous l’impôt. Ils dénoncent l’horreur du capitalisme et prêchent une démocratie participative dans les entreprises à des employés qui vivent en symbiose avec leurs patrons de PME dont ils partagent le quotidien de labeur et de soucis. Ils confirment leur intention, quoique reportée dans le temps, d’une adhésion de la Suisse à l’Union Européenne alors que la population y voit un véritable épouvantail, aussi bien à gauche qu’à droite. Ils revendiquent l’ouverture des frontières à une immigration dont les classes moyennes souffrent tout autrement que les bobos qui y sont moins confrontés.

Pour toutes ces erreurs dans lesquelles elle s’enferre, la gauche ne convainc plus qu’une classe moyenne supérieure citadine et universitaire formant désormais l’essentiel de ses nouvelles recrues. «Renverser, en 2019, les majorités de droite installées aux Chambres fédérales afin d’incarner une autre manière de faire de la politique», voilà comment le président du PS concluait son discours. Ce n’est sans doute pas à Thoune qu’il s’en sera donné les moyens!

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