Après-demain, le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne. L’événement est lourd de conséquences politiques et économiques. On ne sait pas encore lesquelles bien que depuis 2016 tout ait été dit sur les bénéfices perdus de l’adhésion et les avantages espérés de la sécession. Quarante mois de disputes entre brexiters et remainers ont en tout cas montré la réalité de la crise identitaire britannique. La nation impériale du XIXe siècle, la nation courageuse du XXe totalitaire ne parvient pas à se placer durablement dans une Europe qu’elle a tant fait pour pacifier. Les premières discussions sur le Marché commun, après 1945, elle les a vues comme illusoires et ne s’y est pas associée. Le Traité de Rome signé entre les Six, en 1957, elle l’a regardé de haut. Le marché en place, elle a fomenté en 1960 une organisation concurrente, l’Association européenne de libre-échange (AELE). Qu’elle a froidement snobée l’année suivante en demandant son ticket d’entrée dans la Communauté économique européenne (CEE). Le demandant mais ne l’obtenant pas.

Les raisons du général

De Gaulle s’y opposait. Il a expliqué ses raisons lors d’une conférence de presse mémorable, le 14 janvier 1963, tandis que les négociations d’adhésion de la Grande-Bretagne duraient depuis dix-huit mois à Bruxelles. Tout le monde a été pris de court. En train de discuter à Bruxelles des conditions d’accès du beurre néo-zélandais au marché européen, le ministre français de l’Agriculture n’avait même pas été mis au courant. Le moment était crucial. Deux visions fondamentales s’affrontaient pour la première fois ouvertement: celle de l’Europe gaullienne, politique, forte et indépendante, et celle de l’Europe du libre-échange entre des Etats souverains, défendue par le premier ministre britannique, Harold Macmillan. Le Brexit d’aujourd’hui, refus radical d’une Europe politique, répond au refus radical du général de Gaulle d’une Europe-marché.