«C’est de l’histoire ancienne, rappelle la chaîne américaine NPR, qui cite l’historien français Jean-Pierre Filiou: la première allusion au sous-sol meuble de Gaza date du siège par Alexandre le Grand de la ville, alors tenue par les Perses, en 332 av. J.-C. Alors que le Macédonien escomptait une rapide victoire, il lui avait fallu 100 jours d’attaques pour venir à bout de la cité, qui utilisait des tunnels pour se ravitailler. Gaza avait en conséquence ensuite été ravagée, par vengeance»…

Les tunnels de Gaza sont devenus la cible principale de l’armée d’Israël (voir sur le Jerusalem Post des vidéos de la destruction de ces tunnels, ou cette vidéo mise en ligne sur YouTube par l’armée israélienne), Israël où la peur de l’infiltration augmente. La presse internationale y revient longuement, l’armée israélienne ayant récemment organisé un tour pour les journalistes. Le Figaro propose une galerie photo du tunnel surnommé «le Gaza sous Gaza», qui fait 3 kilomètres de long. «Rien d’artisanal, l’ouvrage bétonné sur les parois, au sol comme au plafond, haut de 1,75 mètre et large de 70 cm, est suffisant pour permettre à un homme armé de se déplacer en restant debout», selon les explications du guide militaire, cité par le journal. Qui précise que «le but de l’armée n’est pas de détruire seulement l’entrée et la sortie de ces boyaux, mais aussi toute leur longueur».

Israël se trouve face à un réseau dont l’intrication est inattendue, selon le journaliste de Bloomberg, qui a aussi suivi la visite organisée et cite le porte-parole de l’armée: «L’ampleur de ces tunnels, leur sophistication, et leur nombre dans des zones très peuplées nous ont surpris.» «Il y a deux Gaza, celui sur le sol et une ville terroriste en dessous». C’est l’efficacité du bouclier aérien «Dôme de fer» qui pousse le Hamas à attaquer désormais par le sol – ou plutôt, en dessous. Plus de 100 puits d’accès à 30 tunnels ont été découverts depuis l’offensive terrestre d’Israël, et il y a eu au moins quatre incursions en territoire israélien, dont une qui a coûté la vie à deux soldats israéliens. Les tunnels peuvent être piégés. Et le Hamas sait la valeur de ces tunnels: il a obtenu la libération de 1000 prisonniers palestiniens en échange du soldat Gilad Shalit en 2011, capturé par des militants infiltrés par un tunnel».

«Ces tunnels sont plus de la propagande qu’une menace, veut croire le site américain d’informations généralistes io9, même si cela paraît terrifiant, en temps de guerre ça ne vaut pas grand-chose, selon les experts militaires, c’est surtout psychologique». Et de renvoyer à une tribune, passionnante, de l’historien Gerard Degroot, dans le Washington Post, expliquant que les tunnels sont une réponse simple à un vieux problème: comment attaquer un ennemi bien défendu. L’historien cite l’attentat à Madrid en 1973 contre celui qui aurait dû succéder à Franco, le premier ministre Carrero Blanco, soufflé par une bombe déposée dans un tunnel creusé par des militants basques de l’ETA sous la route qu’il prenait tous les jours. «Les tunnels ont un impact émotionnel très fort. Dans l’histoire, leur poids psychologique a plus compté que leurs résultats réels.» Des tribus germaniques au Ier siècle creusaient des tunnels pour tout d’un coup surgir dans des territoires semblant déserts. Les Sassanides perses ont même déposé dans des tunnels des mixtures toxiques de poix et de sulfure, inventant les premières attaques chimiques de l’histoire. «Les tunnels sont une réponse chère en termes de labeur, mais peu coûteuse en argent. Ce qui permet à ce chef du Hamas d’affirmer: aujourd’hui c’est nous qui envahissons Israël, ce n’est pas eux qui nous envahissent». Au Vietnam, les tunnels du VietCong sont devenus un symbole de la fierté nationale, célébrant l’effort qu’il avait fallu faire pour les construire, écrit encore l’historien. Sans compter que les tunnels permettent d’échapper aux drones…

Des informations très émotionnelles circulent sur la Toile: «Le Hamas préparait une surprise pour Rosh-Hashana, écrit le site Jewsih-press reprenant des informations du quotidien Maariv, citant «une source sécuritaire»: une attaque massive par les tunnels, avec 200 combattants qui auraient même pu revêtir l’uniforme des forces israéliennes de défense, ce qui aurait encore compliqué la tâche». Un cauchemar. Le Hamas a trouvé la solution à l’évacuation des gravats, continue le site, par sacs, petit à petit, portés par des enfants. «Ces tunnels ont été construits par des enfants, des enfants parfois esclaves, et ils en auraient tué des centaines», croit savoir le site ultra-américain Breitbar. «Cela donne une nouvelle dimension morale à cette guerre.» La guerre des mots et de la propagande fait rage sur Twitter aussi, entre ceux qui comptabilisent combien d’écoles et d’hôpitaux les Gazaouis auraient pu construire avec le ciment des tunnels, et ceux qui accusent Israël de ne pas leur laisser le choix.

Car il ne faut pas l’oublier: ces tunnels «utilisés en temps de guerre ont été construits pour l’économie», intercède le site pacifiste Antiwar.com, «en réaction au blocus israélien qui interdit par exemple l’importation de chocolat et de nouilles, des produits «transformés». L’immense majorité des tunnels vont vers l’Egypte, et c’est par là que toute l’économie de la bande de Gaza s’est construite depuis 10 ans, avec des importations qui vont des iPod aux voitures. Leur construction est même le secteur économique le plus dynamique de Gaza… Les Palestiniens ne vont pas se contenter de s’asseoir dans les décombres et se demander ce qui se passe dehors. La seule solution n’est pas d’en finir avec ces tunnels mais avec leur raison d’être. Israël peut les détruire aujourd’hui, mais ils seront aussitôt reconstruits.»

Ce lundi, l’armée israélienne annonce justement qu’elle a désormais identifié tous les tunnels.

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