(in)culture

Génération crétins

OPINION. Un reportage d’Arte explique pourquoi le QI moyen de la population est depuis vingt ans en baisse. Attention, l’inculture menace

Lorsqu’en mars dernier il m’a fallu trouver un titre à cette nouvelle chronique, j’ai rapidement opté pour (in)culture. Parce je trouvais cette graphie élégante, mais aussi parce que mon but était de parler de culture à une époque où l’inculture menace. Loin de moi l’envie de passer pour un vieux bougre alors que je suis contemporain de Robbie Williams et de Leonardo DiCaprio, donc pas encore mûr pour la casse, mais j’ai quand même l’impression qu’à l’heure où on peut – ou croit pouvoir – trouver réponse à tout en deux clics et demi, les cerveaux se font paresseux. Le fantasme du savoir, et la mémoire, au bout du doigt déverrouillant l’écran tactile.

Koulechov et Lester Bangs

Lorsque sur les réseaux sociaux (qui peuvent être des alliés en évitant quelques pièges) un ami me demandait le pourquoi du comment de ce titre, (in)culture, je lui ai répondu ceci: «Parce que cette chronique parlera de culture au sens large, entre culture populaire et culture élitiste, afin de combattre à sa toute petite échelle l’inculture rampante, à une époque où les étudiants en cinéma n’ont jamais vu un film de Lev Koulechov et où les critiques rock n’ont jamais lu un article de Lester Bangs.» Au passage, j’en profite pour vous conseiller de vous pencher sur l’effet Koulechov, utile pour décrypter les émotions ambivalentes provoquées par certaines émissions de téléréalité, et de lire whisky en main la biographie Lester Bangs, mégatonnique rock critic, parue en français en 2006. Parenthèse refermée.

Lire aussi: «Un coup d’imbécillité, c’est un coup de génie qui n’a pas eu de succès»

Lorsque sur lesdits réseaux j’ai vu passer un commentaire sur un reportage diffusé par Arte, j’ai bondi. Demain, tous crétins? – je ne pouvais décemment pas ne pas visionner cette enquête partant du constat que, depuis une vingtaine année, le QI moyen de la population est en baisse. Il semble de plus en plus probable que nous n’aurons plus de nouveaux Mozart ou Einstein, résume une chercheuse. Ah ah! je le savais, avais-je envie de m’écrier.

Reste que la paresse intellectuelle évoquée plus haut n’est pas en cause. Ce sont les perturbateurs endocriniens qui, en déréglant nos thyroïdes, et principalement celles des futures mères, sont responsables de ces QI en berne. Regardez Demain, tous crétins? ça fait peur. Mon esprit d’escalier m’amène alors à cette conclusion: limitons nos contacts avec ces produits nocifs qui nous veulent du mal et se cachent jusque dans nos matelas, mais détournons aussi de temps à autre le regard de ces écrans qui nous hypnotisent. Vous me voyez venir? Le monde a plus que jamais besoin d’une pluralité des médias, qui offrent du décryptage où ailleurs on ne trouve que de l’info brute; et en Suisse, il est nécessaire de défendre l’idée d’un service public fort.


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