La position du continent africain envers la Chine a été résumée par le président sud-africain Jacob Zuma lors du Forum de coopération Chine-Afrique qui s’est déroulé à Pékin au mois de juillet. Il a mis en garde contre la persistance d’une relation commerciale déséquilibrée dans laquelle l’Afrique fournit avant tout les matières premières (pétrole, uranium, fer, cuivre, coltan, etc.) et les Chinois décident seuls quand ils investissent et où: «Ce modèle de commerce n’est pas viable à long terme.»

«L’expérience de l’Afrique avec l’Europe dans le passé appelle à la prudence avant d’engager de nouveaux partenariats», a ajouté Jacob Zuma. Une expérience hier coloniale, et aujourd’hui tissée avec les institutions financières internationales et les Accords de partenariat économique (APE). Ceux-ci sont presque tous bloqués par les Africains face aux exigences de Bruxelles et à sa mauvaise foi. L’Europe envoie des biens subventionnés qui torpillent la production locale, surtout agricole. Les Etats-Unis, eux, subventionnent fortement leur coton, faisant perdre des millions de dollars aux petits producteurs africains.

De son côté, la Chine a stupéfié les Européens en doublant le montant de ses prêts et investissements par rapport au Forum de 2009: 20 milliards de dollars pour les trois prochaines années! L’Empire du Milieu renforce ainsi massivement sa présence économique en Afrique alors que les puissances occidentales s’irritent et piétinent. Le président chinois Hu Jintao a souligné que les prêts et investissements de son pays contribueront à la formation professionnelle, au développement de l’agriculture et de l’industrie, à la petite entreprise et aux infrastructures: «La Chine soutient de tout cœur et avec sincérité la voie de développement choisie par le peuple africain; la Chine est un ami et un frère de l’Afrique.»

Selon le ministre chinois du Commerce, les échanges ont atteint le montant de 166 milliards de dollars, une hausse de 83% par rapport à 2009. D’autre part, les investissements directs chinois ont progressé de 60% pour atteindre un total de 14,7 milliards de dollars à la fin 2011. Plus de 2000 entreprises chinoises sont présentes en Afrique. Pour les pays africains, les relations commerciales avec Pékin ouvrent de nouveaux horizons de développement. Durant les dix dernières années, les exportations africaines vers la Chine seraient passées de 5,6 milliards à 93,2 milliards de dollars, toujours selon le Ministère chinois du Commerce.

Mais pourquoi l’ami chinois est-il si généreux? L’Afrique a des ressources naturelles qui permettent à l’industrie chinoise de se développer vite et de satisfaire ses énormes besoins. Ensuite, ce continent représente 1 milliard de consommateurs pour ses produits meilleur marché que ceux des Européens, qui se sentent mis de côté. Il y a donc indubitablement des côtés positifs pour le continent africain, comme le souligne le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et même le FMI. Mais des zones d’ombres sont vite apparues à cette colonisation économique ultralibérale et démographique. Une colonisation que la Chine ne veut pas reconnaître. Et pourtant! Jusqu’à présent, Pékin a utilisé des méthodes probablement pratiquées en Chine, mais qui heurtent les populations africaines souvent conscientes de leurs droits et défendues par des ONG, lesquelles sont interdites en Chine: conditions sociales et environnementales déplorables, concurrence déloyale, ignorance de lois locales, importation massive d’ouvriers chinois, sans mentionner la corruption généralisée.

Si les gouvernements ferment les yeux, c’est parce que le chômage diminue. Mais des populations locales se révoltent. En Zambie, un responsable chinois de la mine de Collum Coal a été tué par des mineurs en colère dimanche 5 août, car leur salaire minimum n’avait toujours pas été fixé. En 2010, deux responsables de cette même mine avaient tiré sur des manifestants. En Namibie, un syndicat a dénoncé une concurrence déloyale et une ONG tente de défendre, à renfort d’experts, les dégâts que causeraient plusieurs mines d’uranium étrangères sur la faune et la flore du désert (radioactivité) et le domaine maritime (ONG Swakopmatters). En Afrique du Sud, les puissants syndicats sont aussi montés au créneau pour défendre leur droit du travail. Ailleurs en Afrique, des Chinois ont été pris en otage. Mais Pékin n’aime pas du tout les critiques des journalistes. L’agence de presse chinoise Xinhua possède déjà plus de 20 bureaux en Afrique et contribue à la formation de journalistes gouvernementaux africains qui doivent couvrir d’une «manière positive» les activités des Chinois en Afrique.

En réponse à ces critiques fondées, les entrepreneurs chinois en Afrique ont signé une «déclaration de responsabilité sociale» dans laquelle ils disent vouloir respecter les coutumes locales, accélérer les transferts de technologies, contribuer à l’impôt local et protéger l’environnement. Certes, on pourrait en demander de même à des filiales locales de certaines entreprises basées en Suisse, comme Glencore ou Xstrata. Enfin, les désordres géopolitiques dans certains pays ne sont pas un frein à l’implantation chinoise, au contraire. Si, officiellement, la Chine montre une réserve diplomatique (Soudan, Zimbabwe), cela n’empêche pas les groupes chinois de s’implanter là où les Occidentaux se retirent.

Pékin se défend de mener une nouvelle colonisation, mais son action en a bien tous les ingrédients