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Genève bientôt sans publicité?

Une initiative communale veut bannir les annonces commerciales dans la Cité de Calvin. Si certains y voient une libération de l’espace public, d’autres craignent des conséquences économiques néfastes

Libérer les rues des annonces publicitaires: les partisans de l’initiative «Genève zéro pub» en rêvent. Avec plus de 4600 signatures, leur proposition pour les interdire vient d’aboutir. Sauf imprévu de dernière minute, le texte fera donc l’objet d’une votation communale en Ville de Genève. L’enjeu? Stopper la «pollution visuelle» pour laisser libre cours à l’expression citoyenne et artistique des habitants. Une perspective qui ne réjouit pas les agences de communication.

L’origine du projet tient dans une anecdote, une petite Genferei dont la Cité de Calvin a le secret. A la suite d’un changement de concession publicitaire, la ville se retrouve vierge de tout affichage durant plus de deux semaines en janvier dernier. Confrontés malgré eux à l’expérience, les habitants s’emparent rapidement de ces surfaces pour crayonner, sprayer ou encore peindre de petits et grands messages. Une révélation.

«Consommation effrénée»

«Ce mouvement spontané a renforcé notre réflexion», raconte Jean Rossiaud, membre du comité d’initiative, qui inclut notamment le Réseau objection de croissance. A ses yeux, la publicité a un impact néfaste sur les citadins. «Elle stimule le désir de consommation effrénée, incite au surendettement. Il faut arrêter cette spirale.» Sa bête noire: les affiches occupées par les grandes marques de distribution qui font de la «concurrence déloyale» aux commerces de proximité. «Comment un artisan cordonnier peut-il résister à Nike?» questionne celui qui est aussi député vert au Grand Conseil genevois.

Culture et politique épargnées

Le texte épargne la communication événementielle, culturelle ou politique. «Les associations et institutions locales, tout comme les partis, pourront continuer à diffuser leurs informations», précise Jean Rossiaud. Le Salon de l’auto, par exemple, ne serait pas concerné, de même que les vitrines et devantures des magasins. A l’instar de Grenoble, Berlin ou São Paulo, Genève sera-t-elle la prochaine ville à libérer l’espace urbain? «Le débat est lancé. J’ai bon espoir que la population nous suive sur ce point.» Pour l’heure, l’initiative a reçu le soutien formel des Verts, du Parti socialiste, de SolidaritéS et des Radicaux de gauche.

Quel manque à gagner?

La ville de Genève compte quelque 3000 panneaux d’affichage, exploités à travers la société Neo Advertising. Ces derniers permettent chaque année à la collectivité d’engranger entre 3,5 et 5 millions de francs. Quid du manque à gagner en cas de succès dans les urnes? Impossible de faire des prévisions à ce stade, répond la Ville.

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées. «Nous allons voter sur la publicité dans l’espace public à Genève. C’est bien!» salue sur Twitter l’éthicienne de l’Université de Genève Samia Hurst. Les consommateurs ne sont pas des «idiots auxquels il faudrait, en permanence, prendre la main pour choisir», juge un internaute sur le site de la Tribune de Genève: «Trop c’est trop, je soutiens sans réserve toute tentative de diminuer (d’éradiquer?) cette pression continuelle.»

«Effets destructeurs»

D’autres craignent en revanche des «effets destructeurs» pour l’emploi et l’économie. «Je me battrai alors contre cette initiative qui est, de plus, non conforme au droit supérieur», lance Boris Calame, vice-président du Groupement des entrepreneurs et indépendants progressistes, sur Facebook.

Du côté de Communication Suisse, l’association faîtière de la communication commerciale, l’accueil est tout aussi glacial. «Les arguments exposés nuisent à la société dans son ensemble, alors même qu’une récente étude suisse démontre qu’une grande majorité de la population est favorable à l’affichage, estime-t-elle dans un communiqué. Les victimes seront finalement l’emploi, les consommateurs, la culture et les commerçants.»

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