éditorial

Genève et ses blocages au carré

Editorial. La comparaison avec Vaud et Zurich a de quoi faire rougir Genève, englué dans une crise où l’ont précipité ses politiciens inaptes au compromis

Lundi dernier, Vaud a élu une cinquième femme au Conseil d’Etat. Le lendemain, son parlement cantonal a décrété l’état d’urgence climatique en réponse aux préoccupations des manifestants descendus dans la rue. Dopé à l’énergie créative, Zurich a bâti des villes entières pour devenir, en une décennie, une métropole de 1,5 million d’habitants, qui compte désormais à l’échelle européenne.

Pour Genève, ces comparaisons sont cruelles. Son cher voisin et son meilleur ennemi sont en mouvement. Certes, le canton n’est pas exactement à l’arrêt. On annonce une révolution dans les transports avec l’inauguration, en décembre 2019, du Léman Express. Ses gares sont conçues comme des pièces urbaines destinées à transfigurer des quartiers entiers. Dans l’une d’elles, la Nouvelle Comédie fait la promesse de porter haut les couleurs du théâtre genevois, avec Carouge et sa salle rénovée. La Cité de la musique devrait confirmer, en 2023, que c’est par la culture que Genève avance enfin un peu.

Manque de souffle

Ces projets sur le point d’éclore ont nécessité au bas mot une quinzaine d’années d’efforts. Dans quinze ans, quel sera le bilan des responsables politiques actuels? On peut craindre qu’il n’ait pas le souffle qui anime Vaud et Zurich. Il y a moins d’un an, les élus nouvellement adoubés par les Genevois juraient qu’ils avaient compris le message: le recentrage du parlement et du gouvernement les amènerait à chérir le consensus. Ces discours ont vite laissé place à des blocages au carré.

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Mercredi dernier, des membres du Grand Conseil et du Conseil d’Etat ont tenu à étaler en public des différends concernant leur interprétation de la Constitution. Le fond de la querelle n’est pas mineur, mais nous les pensions capables de s’entendre pour la régler sans en faire un pataquès. Le 19 mai, les citoyens sont priés de trouver eux-mêmes un avenir pour la caisse de retraite des fonctionnaires. Un sujet éminemment technique que le parlement n’a pas su démêler. Un nouveau scrutin en novembre pourrait d’ailleurs tout remettre en jeu. Le compromis trouvé sur le taux d’impôt des entreprises a tenu une poignée de semaines. Sans parler de l’affaire Maudet, qui maintient le canton dans la crise institutionnelle, et des turpitudes municipales, qui achèvent de donner une image déplorable de ceux qui sont censés assurer la bonne marche de la Cité.

Un sursaut devient nécessaire. L’appel systématique au peuple ne peut pas remplacer la fabrique de consensus qu’est notre système politique lorsqu’il fonctionne. A Genève, elle est grippée. Les élus, eux, feraient bien de réfléchir à leur inaptitude au compromis. S’ils font tout pour qu’on ne les croie plus, cette législature pourrait bien fixer le canton dans la crise pour de longues années.

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