A Genève, la prospérité se fonde depuis une vingtaine d’années sur une croissance économique qui attire tout type de main-d’œuvre. En corollaire, l’aménagement du territoire est devenu un sujet épineux dans ce canton exigu. La pression foncière s’accroît. On construit comme rarement et pourtant les biens disponibles restent rares et onéreux.

Au vu de ses effets pervers, la tentation est grande de remettre en cause ce modèle de développement, comme le font des forces politiques de tout bord. C’était aussi la question posée dimanche 12 mars, à l’occasion d’un référendum limité aux habitants de la ville de Genève. Derrière la proposition spécifique de densifier le quartier de Bourgogne, sur la rive droite du Rhône, l’enjeu était d’une tout autre ampleur.

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On peut toujours, avec les opposants, critiquer tel ou tel aspect d’un projet: abattage d’arbres, suppression d’un poumon de verdure ou gabarit des bâtiments. Cet agglomérat de mécontentements, composé de propriétaires de villa et de défenseurs de la biodiversité, n’a pas su convaincre. L’appui que leur ont fourni l’UDC et le MCG, dont l’inconséquence n’est plus à démontrer, n’a pas suffi. Cet échec marque un tournant tant les mises en échec de la politique du Conseil d’Etat dans ce domaine ont été nombreuses ces dernières années.

Le frein à main et ses conséquences

Le fait est que Genève doit pouvoir loger sa population, si elle veut cesser de l’exporter en France voisine ou dans le canton de Vaud. Si l’on valide ce postulat, les options ne sont pas légion. La zone agricole ne peut plus être déclassée. Hors du centre, la densification des zones villas se heurte à des obstacles difficiles à surmonter. La marge de manœuvre réside dans le centre et les communes périurbaines.

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Si de tels projets sont refusés, il ne reste qu’un choix: tirer le frein à main. On peut le souhaiter mais il faut accepter ses conséquences: pénurie aggravée, hausse du trafic pendulaire et, in fine, perte d’attractivité du canton. Ce sont les plus faibles qui en souffriraient le plus.

A trois semaines des élections cantonales, ce vote est donc rassurant et surtout cohérent. Le Conseil d’Etat peut poursuivre sur sa ligne. Et aborder sereinement la prochaine échéance: en juin, les Genevois se prononceront sur l’aménagement de la première étape du PAV, ce vaste périmètre industriel amené à subir une transformation profonde. C’est de loin le plus grand projet urbanistique qu’ait envisagé le canton ces dernières décennies.

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