Les élections du Grand Conseil genevois ont vu une évolution substantielle de la répartition des sièges. Toutefois, si l’on analyse les résultats sur le long terme, on relativisera la portée de ceux du dernier scrutin. Il en est de même d’ailleurs si l’on s’interroge sur la capacité du nouveau parlement à prendre les décisions urgentes qui s’imposent sur un certain nombre de dossiers clés.

Premier constat, aucune force ne parvient à susciter une forte mobilisation des électeurs, malgré la multiplication des listes. La participation traditionnellement faible à Genève a encore baissé de plus de 2 points. La moitié des listes n’ont pas obtenu le quorum de 7% (6 sur 13). Résultat, certaines progressions en sièges s’expliquent pour moitié par cet «effet quorum».

Comme souvent dans notre canton, les résultats des élections sont donc largement influencés par les querelles intestines des partis situés aux extrêmes. C’est ainsi qu’entre 2005 et 2011, la gauche anticapitaliste a été absente du Grand Conseil alors que son potentiel électoral était supérieur à 12%. Cette fois, c’est la droite nationaliste qui paie la facture de ses divisions.

Le MCG reste l’arbitre

Si l’on se place d’un point de vue historique, on constate que les grandes transformations entraînées pas la globalisation de l’économie, ainsi que la survenance de deux récessions majeures et de longue durée (en 1990 et en 2009) ont remodelé durablement le paysage politique. Les deux blocs traditionnels (l’Entente et les roses-verts) ne réunissent ensemble que 64% des suffrages exprimés. C’est nettement mieux qu’en 2013, lorsque la crise leur avait fait atteindre l’étiage (56%), mais on est encore loin des 75% atteints à la fin des années de prospérité (1989).

La gauche anticapitaliste, malgré ses incessants déchirements, dispose encore d’un socle électoral solide proche des 9%. Malgré son cuisant revers cette année, la droite nationaliste reste la grande gagnante de l’évolution politique de ces trente dernières années avec 21% pour ses trois listes. C’est peu par rapport au reste de la Suisse et à la plupart des pays d’Europe, mais c’est suffisant pour peser lourdement sur les décisions, au parlement comme en votation populaire, puisque aucun des blocs n’a les mains libres.

L’Entente et les roses-verts disposent certes, sur la plupart des sujets, d’un allié fiable, respectivement l’UDC et Ensemble à gauche, mais cela ne fait toujours pas une majorité. Le MCG conservera donc le rôle d’arbitre qu’il s’est forgé au cours de la précédente législature. Son vote sera en particulier déterminant pour le budget cantonal.

Le rôle déterminant du Conseil d’Etat

Sur les grands enjeux de la législature, une courte majorité au parlement risque bien de ne pas suffire pour l’emporter devant le peuple. Sans le soutien de la gauche réformiste, le sort de la réforme de la fiscalité des entreprises est aléatoire, ce qui fait courir un énorme risque à la prospérité de notre canton. De même, on imagine mal que la seconde recapitalisation de la caisse de pension des fonctionnaires (CPEG) puisse passer la rampe en votation populaire sans un large soutien. La relance des grandes infrastructures transfrontalières de transports publics indispensables au désengorgement du Grand Genève doit elle aussi pouvoir compter sur une coalition solide.

L’Entente et les roses-verts devront donc renouer le dialogue et trouver des compromis, qui ne satisfont personne mais permettent d’avancer. Dans ce processus, le Conseil d’Etat jouera un rôle déterminant qu’il assumera plus aisément si, en dehors de toute arithmétique politicienne, aucun de ses membres ne suscite de doutes fondés sur sa crédibilité, sa compétence et son ardeur au travail!

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