Euphémisme: Recep Tayyip Erdogan n’est pas le plus populaire des grands de la planète. A moins d’aller chercher très loin, vous ne trouverez pas grand monde par ici pour venir lui faire des bisous.

Son passage à Genève pour le Forum mondial sur les réfugiés n’a d’ailleurs pas fait que des heureux. Et je ne parle pas des phobiques de l’hélicoptère, rendus fous par trois jours de vol stationnaire, ni de ceux qui n’ont pas pu aller chercher leur chemise de Noël au quai des Bergues, bouclé, j’en connais.

Je parle de tous ceux pour qui Erdogan n’a rien à faire à Genève. Et qui ont choisi de le dire dans la rue, qu’ils soient Kurdes, de gauche ou les deux (à droite, on ne manifeste pas trop, c’est salissant). Leur colère est parfaitement compréhensible. Je ne partage pas leur point de vue, considérant que maintenir le dialogue, même avec les affreux, est toujours préférable au silence radio. Mais leur position fait quelque part honneur à la ville et à l’humanité.

Aux limites de la balourdise

Ce que je comprends moins, même si l’affaire me fait rigoler tant elle pulvérise les limites de la balourdise, ce sont les confrontations musclées (un peu) entre identitaires et antifascistes, qui animent ces jours la Vieille-Ville.

Un résumé exhaustif des événements n’aurait pas plus d’intérêt que les événements eux-mêmes. Allons à l’essentiel. Les identitaires sont jeunes, bêtes et bruyants. Ils s’habillent souvent en noir, ont parfois le crâne rasé. Leurs pires ennemis, les antifa, sont, eux, jeunes, bêtes et bruyants, ils s’habillent souvent en noir et ont parfois le crâne rasé.

Ces deux mouvements minuscules et symbiotiques (l’un n’existerait pas sans l’autre), ont donc entrepris de se tomber dessus la nuit venue. Si possible en saccageant un tea-room, avant de se justifier à grand renfort de communiqués ampoulés et orthographiquement insolites. Et maniant des poncifs que même leurs grands-parents n’oseraient pas sortir du formol.

Un spectacle pathétique

On a la guerre des boutons qu’on mérite. Faut-il alors que nous ayons lourdement péché pour assister à un spectacle aussi pathétique. Même le petit Gibus n’aurait pas venu, s’il aurait su. Trop malin pour ça, le petit Gibus, malgré ses soucis de concordance des temps.

La concomitance de ces deux colères, légitime pour les anti-Erdogan, pré-enfantine pour notre West Side Story de sous-préfecture, est en fait assez rassurante. D’abord parce que quoi qu’on en pense, il reste des gens pour s’engager en pleine orgie consumériste de la Nativité. Ensuite parce que la guerre des boutons de série B à quelques mètres d’une indignation légitime achève, si besoin était, de ridiculiser les pieds nickelés.

P.-S.: Amis cagoulés, je vous sais un peu soupe au lait et je n’ai pas envie de me battre. Mais je vous offre volontiers un sirop grenadine à votre meilleure convenance.


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Tourner sept fois sa langue dans sa bouche