Éditorial

A Genève, l’élan est brisé

ÉDITORIAL. Depuis les élections du printemps dernier, les affaires se succèdent à Genève. Oublié, le rêve d’une ère nouvelle qui allierait bonne gouvernance et dynamisme pour le canton. En ville, la réforme des pratiques politiques ne fait que commencer

Au printemps dernier, les élections cantonales devaient inaugurer une ère nouvelle pour Genève. Six mois après, le constat est amer. Le conseiller d’Etat le mieux élu est sous enquête pénale depuis deux mois et rien n’indique que l’affaire soit bientôt close. La confiance avec le parlement est rompue. A la faveur de deux audits de la Cour des comptes, on apprend que les élus de la plus grande ville du canton sont désinvoltes avec l’argent public et que l’administration cantonale est incapable de mener à bien une réforme récente sur la surveillance des hôtels et des restaurants.

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Rien ne lie ces informations? Peut-être, mais l’élan n’en est pas moins brisé et il y a un risque sérieux que le canton s’immobilise dans la crise. Car ces affaires polluent bel et bien l’action publique à Genève, dont les acteurs ont rarement été observés avec autant de méfiance.

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Pour répondre à la demande de transparence qui lui est faite depuis une semaine, la ville de Genève a publié le détail des frais remboursés à ses magistrats depuis 2007. On sait désormais que les trajets en taxi sont une habitude qu’Esther Alder a prise dès son élection. On constate que Rémy Pagani et Guillaume Barazzone ont une consommation massive de «frais de représentation». On connaît ceux de Manuel Tornare lors de son année de mairie en 2008: 13 134 francs. Pierre Maudet en a eu pour 12 880 francs de téléphone en 2011, alors qu’il occupait la même fonction.

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Machine folle

La belle affaire! Ce torrent de chiffres ne permet pas de déterminer si des dépenses privées ont été couvertes par de l’argent public. Ces tableaux ne disent pas non plus à quel niveau de contrôle le système a été déficient, ni pourquoi personne n’a tenté de brider cette machine folle. Qui a pu profiter de ses défaillances et pendant combien de temps? Les ministres actuels sont sous le feu de la critique, mais aucun élément ne permet d’affirmer que leurs prédécesseurs étaient plus vertueux.

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Si elle devient la norme, cette transparence aura certainement un effet préventif sur les élus à moyen terme. Pour l’heure, dans le tumulte des révélations d’un rapport d’audit dévastateur pour l’image des politiciens, ce «strip-tease intégral» auquel l’exécutif municipal s’était d’abord refusé nous plonge dans la perplexité. Le travail de mise à plat des pratiques du passé ne fait que commencer.

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