Mercredi, à l’heure du bilan de mi-parcours de la ministérielle de l’OMC, Guy Parmelin voulait voir «un verre à moitié plein». Le conseiller fédéral s’est révélé clairvoyant puisque l’événement ne s’est pas transformé en un enterrement de première classe du libre-échange et du multilatéralisme. L’honneur est sauf: la nuit de jeudi à vendredi a accouché d’un accord jugé «sans précédent» par l’organisation dirigée depuis quinze mois par la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala.

L’est-il vraiment? Empruntons à notre ministre de l’Economie l’image si chère à son cœur de viticulteur pour commenter le fruit de six jours de négociations aussi haletantes qu’épuisantes. Les concessions obtenues peuvent en effet remplir le godet à des niveaux fort variables, selon les points de vue. L’industrie pharmaceutique suisse n’a ainsi pas tardé à sortir du bois pour hurler tout le mal qu’elle pense de la très tardive dérogation sur les brevets obtenue pour faire face à la pandémie de covid. Tout en sachant qu’elle bénéficie d’un intéressant répit de six mois pour la propriété intellectuelle liée aux diagnostics et aux traitements, là justement où elle est le plus concernée.

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Si certaines ONG regrettent, elles, que les fameux consensus trouvés au 154 de la rue de Lausanne ne rééquilibrent pas les imperfections du commerce mondial, d’autres se réjouissent du chemin parcouru pour lutter contre la surpêche. Les chantres de la mondialisation noteront enfin qu’aucune avancée réelle n’a été opérée pour ouvrir davantage le commerce international.

Bien au contraire. Si l’OMC, qui se devait d’afficher des résultats, a sauvé sa peau, le contexte n’a pas changé. Sur fond de pénurie de matières premières et de montée du nationalisme, les pressions protectionnistes vont demeurer étouffantes: pas plus tard que ce vendredi, l’Australie a décidé de recourir aux interdictions d’exportations de charbon pour faire face à la grave crise énergétique qu’elle subit.

Une directrice opiniâtre

Dans la douleur, c’est donc avant tout une victoire d’étape que l’organisation a obtenue. Un sursis jusqu’à la prochaine ministérielle qui devrait avoir lieu dans dix-huit mois. D’ici là, l’OMC fera ses devoirs pour réformer ses structures et son fonctionnement. Elle s’activera surtout en coulisses pour tenter d’avancer sur des dossiers tels que les droits de douane sur les transmissions électroniques dont le moratoire a été prolongé.

Car durant la semaine, l’obstination et la persévérance de Ngozi Okonjo-Iweala, bien déterminée à remettre sur les rails l’organisation qu’elle dirige, n’ont échappé à personne. La nouvelle passionaria du commerce international ne pouvait raisonnablement espérer beaucoup plus que ce qu’elle a obtenu. Mais ce succès personnel ne suffira pas pour régénérer une libéralisation du commerce sérieusement enrayée.

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