Depuis sa création en 2005, le Mouvement Citoyens genevois a souvent été donné pour mort. C’était oublier un peu vite que le parti disposait d’une figure charismatique et d’une base électorale suffisamment mécontente pour prêter l’oreille au chant de la sirène populiste. Dans un canton dont la démographie avait autant explosé que ses loyers et son trafic, la surdité simultanée d’une droite vivant dans une tour d’ivoire et d’une gauche embourgeoisée a ouvert un boulevard au mouvement contestataire.

Les prophéties annonçant la fin du mouvement populiste sont donc restées lettre morte. Avec 17 sièges au parlement, le MCG demeure encore la deuxième force du canton.

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La bête s’essouffle

Mais aujourd’hui, la bête politique s’essouffle. Même si l’éviction d’Eric Stauffer est vécue comme un soulagement par ceux qui ont été contraints de vivre dans l’ombre de leur dirigeant autocratique, le parti ne réussit pas à faire émerger de nouvelles figures. Ce qui explique pourquoi le MCG ne s’est pas implanté dans les exécutifs des communes, condition impérative de sa survie au long cours. Pire, la création d’un parti concurrent que promet l’amer ex-président d’honneur au premier trimestre 2017 pourrait affaiblir un peu plus son ancienne famille, condamnée à partager un électorat peu extensible, de surcroît déjà grignoté par l’UDC. 

Des réponses aux questions posées par le MCG

Une troisième cause conduit au déclin du phénomène politique de la dernière décennie. Face à la mécanique populiste, ses adversaires – tous bords politiques confondus – ont compris depuis plusieurs années déjà qu’il leur fallait autant chasser sur les terres du MCG que répondre aux craintes de ceux qui adhéraient à ses paroles. Préférence cantonale à l’engagement des chômeurs genevois, renforcement des mesures et contrôles contre la surenchère salariale, pression sur la construction de nouveaux logements: le gouvernement a su récupérer ses thématiques fétiches, laissant l’animal politique sans voix. Dès lors que Genève n’a plus vraiment besoin du MCG pour soigner ses maux, son existence est-elle encore nécessaire?

Aussi local qu’il soit, l’exemple genevois a vertu d’exemple. Pour que le populisme s’étiole, il ne suffit pas de pointer ses contradictions internes. Il faut aussi que les politiques répondent, ou semblent répondre, aux préoccupations parfois légitimes qu’expriment ses électeurs.

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