On est loin du grand soir de la droite. L’initiative populaire que le PLR et le PDC annoncent aujourd’hui dans Le Temps tranche avec le fantasme d’une droite qui trouverait son accomplissement politique dans le fait de couper à la hache dans les effectifs de la fonction publique genevoise. Elle peut permettre, en revanche, de moderniser l’Etat et son administration.

Il ne s’agit plus, pour les libéraux-radicaux et les chrétiens-démocrates genevois, de faire rétrécir l’administration à coups de projets de loi parlementaires. Ils savent que la majorité détenue par la droite au Grand Conseil est un trompe-l’œil. La défection du MCG, une formation qui soigne les fonctionnaires, rend très difficile la possibilité d’y imposer leurs vues. Le PLR et le PDC en prennent donc acte et avancent une mesure modérée qui tient du bon sens: s’il propose un budget déficitaire, le Conseil d’Etat ne doit plus pouvoir engager des fonctionnaires à tour de bras.

Un lien qui a un sens

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Ce lien entre déficit budgétaire et emploi public fait sens. Champion suisse de la dette, Genève supporte les dépenses par fonctionnaire les plus élevées du pays, derrière Bâle-Ville. Or ces dernières années, malgré des revenus qui se tassent, le rythme auquel la fonction publique a grandi dans le canton n’a pas connu de ralentissement. Il faut écouter les députés qui, lorsqu’ils accomplissent leur devoir d’élus et posent des questions sur le bien-fondé de certaines embauches, se voient opposer des réponses dignes de Kafka. Pis: le renversement de majorité au Conseil d’Etat en faveur de la gauche et la nouvelle légitimité acquise par la fonction publique à travers la crise du covid risquent fort de relancer les embauches de fonctionnaires au-delà des proportions raisonnables. Sûre d’elle-même et de ses appuis politiques, la fonction publique genevoise est un appareil qui n’a plus à se justifier face à la population pour obtenir ce qu’elle demande.

Une capacité de mobilisation

Ancien ministre des Finances respecté par l’entier du spectre politique, David Hiler s’était fait élire avec un slogan qui avait soulevé des espoirs de réforme. On est loin aujourd’hui de «l’Etat agile» vanté par le Vert. Les procédures administratives prennent un temps infini, le guichet unique et la numérisation des services sont des chimères. Et pourtant, dans l’urgence du covid, l’administration a su se mobiliser rapidement, preuve qu’elle en est capable.

L’initiative populaire de l’Entente est une opportunité pour moderniser l’Etat genevois et son administration. Les taux d’absentéisme le montrent: une partie des fonctionnaires sont démotivés. Redonner des priorités à l’action publique permettra de redonner du sens à leur travail quotidien, premier pas vers un Etat réconcilié avec sa population. Il est temps de rétablir un équilibre.